Journal (5) « La petite page du mercredi »

11 juillet 2018

Ce matin, je venais à peine d’entrer par une porte, qu’elle entra par une autre, arrivant deux secondes avant moi face à la boulangère : elle arriva ainsi, en courant, comme s’il se fut agi d’une pause ravitaillement avant de reprendre la course. Il n’y avait pourtant pas de course à pied à l’horizon. Bref, en bon français, on aurait pu dire qu’elle était « speed » !

Elle semblait ne pas tenir en place, là, devant la boulangère. Elle semblait courir sur place comme un sportif attend qu’une voiture passe pour poursuivre sa course à pied sans s’arrêter complètement. Elle était comme animée de petits soubresauts. Si elle n’avait pas été habillée en tenue de sport j’aurais émis l’hypothèse qu’elle était sous l’effet de quelque psychotrope ou autre substance…

Je me disais qu’à cette vitesse, tout allait se passer rapidement : elle demanderait ce qu’elle voudrait, elle serait aussitôt servie, puis reprendrait sa course effrénée vers un ailleurs, me passant le témoin et me cédant la place pour que je sois servi à mon tour. Reste que les choses ne se passèrent pas tout à fait de cette façon…

La cliente à l’allure sportive, sur le point d’être servie, fit face à un obstacle : il n’y avait pas encore, à cette heure-là, assez matinale, le type de pain spécifique qu’elle voulait…

J’observais la scène… De « speed », notre cliente devint « archi speed » et resta tout d’abord comme bloquée : ce qu’elle avait imaginé avoir, elle ne pouvait point l’avoir. Allait-elle faire preuve de souplesse ? Allait-elle « prendre les choses avec le sourire » et sortir une courte phrase sur le mode « ce n’est pas grave » ? Au lieu de cela, elle se mit à avoir une mine renfrognée et la mécanique de son corps se remit en route : tandis qu’elle réfléchissait à ce qu’elle pourrait bien prendre en lieu et place du type de pain initialement convoité, son corps se mit à gesticuler de plus belle. On eut dit une cocotte-minute qui, le temps passant, cherchait par tous les bouts à évacuer la pression de la vapeur.

Ce qui fut bientôt visible, c’est ce que tout un chacun peut observer pour peu qu’il prenne un peu de temps : le stress de la cliente sportive montant en volutes, c’est bientôt la personne la plus proche, à savoir la boulangère, qui en fut pour ses frais…

Ne parvenant pas à se décider pour un pain, passant d’une idée à une autre au gré des propositions d’une boulangère sentant bien que la pression montait dans ce corps agité, la cliente finit par prendre une décision grandiose : peu aidée par un cerveau peut-être trop agité tout en haut de ce corps gesticulant dans tous les sens, elle finit par se décider et par acheter, comme en désespoir de cause, deux baguettes de pain au lieu d’une.

Quelque peu médusé par tant d’agitation et tant de transfert de stress pour…deux baguettes…, bien moins agité, j’achetai mes deux baguettes également puis sorti en repensant à ce que Daniel Goldman raconte au sujet de ces émotions qui nous agitent parfois au gré de nos humeurs et qui se transmettent. Telles des virus nos émotions se propagent.

Chacun l’a déjà remarqué ou ressenti au moins une fois dans sa vie : quand certaines personnes arrivent à un endroit sur un ton dépressif, c’est parfois tout l’entourage qui pâtit de l’ambiance morose venue soudain infecter le groupe. Quand quelqu’un arrive quelque part dans un état de stress, c’est bientôt tout l’entourage qui sent son palpitant monter également. Inversement, quand quelqu’un arrive à un endroit le sourire aux lèvres et en racontant quelque bonne blague c’est soudain une certaine légèreté qui vient s’immiscer dans les échanges. Et vous ? Dans quel état mettez-vous ceux qui vous entourent ?

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