Journal (4) « La petite page du mercredi »

04 juillet 2018

Le pur hasard – à moins que… – me fait retomber sur cette citation d’un petit bonhomme qui, à mes yeux et aux yeux de bon nombre de personnes était un « grand homme », assurément.

« Finalement, c’est peut-être ça, tout simplement, la vie : s’efforcer de toujours mettre un pied devant l’autre »

(Yves Moraud)

Je marchais à ses côtés… Que dis-je ! Je courais presque, tant il était, comme à son habitude, pressé.

Ce jour-là, pour une raison que j’ignore, il me lâcha cette phrase, cette phrase que je n’ai jamais oubliée et que je viens de citer.

Je l’ai eu comme professeur de « culture générale ». Nous préparions l’oral des concours avec lui et, comme quasiment à chaque fois cela finissait par un vif débat entre lui et moi. Il me traitait de Nietzschéen – ce que je n’ai jamais été – et, quant à moi, je m’amusais à souligner ce que je percevais comme des contradictions dans son discours, ce qui le faisait probablement bouillir intérieurement : nos yeux pétillaient, tandis que nous échangions de la sorte, la vraie amitié était là ; tellement rares sont les lieux où de tels échanges peuvent avoir lieu, hors des sentiers idéologiques maintes fois battus.

« Toujours mettre un pied devant l’autre ». Je continue à penser qu’il avait raison. Il prouvait d’ailleurs la nécessité de cette marche – « un pied devant l’autre » – en ne cessant jamais, lui-même, de marcher, pour ne pas dire de courir, et d’aller de l’avant : pris qu’il était, comme toujours, par quelque nouveau projet qui le faisait vibrer simplement en nous en parlant.

Ne plus avancer, c’est, sans tarder, régresser.

Avancer, donc. Toujours avancer. Vers quoi ? Certes vers le moment fatidique où il ne sera plus possible de le faire, mais en ayant en tête que ne pas le faire, c’est toujours déjà s’engager malgré soi et à son insu vers ce qu’on redoute. Tel celui qui, redoutant la pluie, se lancerait dans la rivière afin de ne point être mouillé.

Arrêter d’aller de l’avant. Dans bien des moments de l’existence, cela peut constituer la tentation.

Reste que, l’ami Moraud dont il me semble presque encore entendre la voix, a bel et bien raison : la vie ? c’est « mettre un pied devant l’autre » ! Ce qui signifie, qu’inversement, céder à la tentation de baisser les bras, céder à la tentation de tout arrêter, c’est, tout aussi assurément, le contraire de « la vie ».

Et voilà probablement pourquoi c’est toujours un moyen de se sentir vibrer que de se demander : que puis-je faire encore, demain, comme petit pas supplémentaire pour sentir en moi encore plus d’énergie ? pour sentir et faire sentir à ces proches, tant aimés, que je les aime plus que jamais ? pour donner encore plus de sens à mon travail quotidien et à celui de ceux que je côtoie quotidiennement dans ce cadre ? pour acquérir davantage d’aisance financière afin de me construire une plus grande capacité de choix ? … « Un pied devant l’autre », oui mon ami, tu avais raison. Je n’ai pas eu le temps de te le dire, aujourd’hui je te l’écris…

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