Journal (1)

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15 mai 2018

Reprise du travail aujourd’hui, après trois mois d’arrêt. Je traîne la patte, comme on dit, mais globalement ça va. Comme bien souvent je me dis qu’il y a bien pire sur cette terre…

Envie d’écrire, ce soir…

Je repensais au retour en voiture. Circulation qui ralentit. Je jette un œil du côté droit : une mère et son enfant longent ce trottoir de droite. Le petit gars, vraiment tout petit, bloque soudain : il refuse d’avancer. Sa mère, d’évidence très à l’écoute, le laisse tirer sur la main, le laisse opérer ce retour en arrière. Que se passe-t-il ? Pourquoi veut-il ainsi que sa mère s’arrête, revienne ainsi en arrière. J’ai du mal à comprendre, surtout à voir : côté chauffeur, dans ma voiture, je ne peux voir ce que fabrique ce gamin sur le trottoir, d’autant qu’il s’est penché dès à présent et que je ne le vois plus pendant quelques instants. Quelques quarts de secondes passent. La mère sourit : le garçon regarde avec émerveillement ce qu’il a ramassé : une fleur sauvage…Une fleur qui s’est comme perdue là, entre le mur d’une maison et le bitume du trottoir.

Ici, en cet instant, tout proche de la circulation de toutes ces voitures, un petit garçon a voulu faire demi-tour pour…contempler une fleur. Il regarde cette fleur, lève les yeux vers sa mère, celle-ci lui sourit en retour, comme en guise de confirmation du possible émerveillement. Le temps s’est arrêté, soudain…

Je ne peux pas rester. Les voitures se sont remises à avancer. J’appuie doucement sur l’accélérateur, le sourire aux lèvres. En quittant l’endroit, je jette un œil sur le trottoir de gauche…

Sur le trottoir d’en face, un jeune homme avance en titubant et en essayant de taper sur les touches de son téléphone portable.

Je suis surpris. Choqué. Pas par le type mais…par le contraste : contraste entre d’un côté cet enfant si naturel, si merveilleusement émerveillé et, de l’autre côté, ce jeune homme, probablement imbibé de produits frelatés divers et variés…

Pas le temps de s’arrêter… Il faut continuer…

Je continue en pensée…

Ils étaient l’un en face de l’autre. Le petit bonhomme tout émerveillé d’un côté, le jeune homme à la conscience trouble, de l’autre. Je pense à ce petit bonhomme qui peut devenir un tel jeune homme, je pense au jeune homme qui, lui aussi probablement, s’est un jour émerveillé de trouver une petite fleur merveilleuse que nul, hormis lui, n’avait remarquée.

Comment est-il possible de passer de ce genre de petit bonhomme à ce genre de jeune homme…Quelle trajectoire faut-il avoir suivie pour passer de cette relation au monde à celle-là…Questions qui n’en sont pas, dont la dimension interrogative part dans le vent au fur et à mesure que ma voiture prend de la vitesse. Ce soir, je me le promets, j’écrirai sur ce contraste improbable qui n’a de réalité que parce que je m’y suis arrêté le temps d’une halte obligée en voiture…

Tant de trajectoires possibles, tant de dérives possibles, d’accidents qui font que la route empruntée doit soudain suivre une déviation en raison de rencontres inopinées…

 

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