Journal d’un zèbre en cage. Petite histoire d’une libération (10).

 

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Rencontre avec un zèbre…

C’était au moment où j’avais commencé à m’engager dans des relations « virtuelles » avec des zèbres. J’avais été fouiller du côté des réseaux sociaux et j’avais trouvé ce groupe, original, qui ouvrait la porte à qui se sentait zèbre : sans besoin de laisser-passer de type « test Q.I. ».

Quelques temps plus tard je reçus un message d’un type qui me proposait qu’on se rencontre. « Pourquoi pas, m’étais-je dit » sans réaliser complètement que cette communauté de zébritude suffisait, selon lui, à justifier qu’une telle rencontre se fasse. Je n’ai pas souvenir de m’être déjà trouvé dans une telle situation : d’avoir envisagé une rencontre avec quelqu’un sur la base d’une similitude présupposée dans le mode de fonctionnement mutuel.

Je l’ai rencontré dans un bar. Il n’est pas aisé ou plutôt…il ne m’était guère aisé de me mettre à parler avec quelqu’un que je ne connaissais pas du tout.

Il m’a proposé que nous nous présentions mutuellement. Nous l’avons fait. J’ai alors découvert que ce qu’il mettait en avant de lui sur les réseaux sociaux était peu de chose et n’avait que peu à voir avec son métier.

J’ai appris à le découvrir ce jour-là. J’ai découvert bon nombre de nos similitudes (amour de la lecture, relation particulière à l’autorité, …). J’avais beaucoup de questions à lui poser car lui se savait à l’évidence zèbre depuis bien longtemps, tandis que moi, je découvrais tout cela, je n’avais guère passé alors que quelques tests dans les livres et je débordais d’interrogations, toutes susceptibles de se rassembler autour d’une seule : y avait-il quelque chose en moi qui se retrouva chez tout un tas de personnes au mode de fonctionnement analogue ?

Je l’écoutais. Ce jour-là je me suis senti bien avec lui dans l’échange et en même temps, comme en vertu d’un changement météo de type breton, j’eus l’impression que nous ne voulions soudain plus discuter ensemble mais, une fois sortis du bar, une autre impression vit le jour : l’impression que nous pourrions, de la sorte, passer encore des heures et des heures à parler ensemble.

Depuis lors, nous nous sommes revus. Même impression que la première fois de mon côté : je pourrais passer une journée entière à parler avec lui. Pourquoi ?

Si cette impression demeure c’est que j’entrevois un mode de fonctionnement analogue d’un certain point de vue.

Quand il me parle, quand il me décrit quelque chose qui s’est passé ou comment se comporte une personne qui travaille avec lui, ou ce qui se passe fréquemment dans l’institution au sein de laquelle il travaille : à chaque fois il y a un second temps. Pour reprendre une image que j’affectionne tout particulièrement : il y a le moment où il est « sur la page » (1er temps) et le moment où, très rapidement, il est ensuite « dans la marge de cette page » (2ème temps). Il est « dedans » puis « regarde les choses du dehors ».

Je ne sais pas si cela sera compréhensible mais c’est ainsi que je ressens les choses. Il y a un premier moment véritablement « descriptif » où il est, comme tout un chacun, sur « ce qui s’est passé », puis un second moment « d’analyse » où il est, par définition, « dans l’analyse de ce qui s’est passé ».

C’est ce qui m’a toujours plu : rencontrer des personnes qui ne soient pas uniquement dans « tiens, il pleut », « oh, aujourd’hui il y a du beau soleil » mais dans : « pourquoi parle-t-on du temps finalement ? », « est-ce juste pour dire quelque chose ? », « est-ce parce qu’on ne sait pas quoi dire et qu’on veut meubler ? », « ou bien, sommes-nous complètement à la remorque du temps qu’il fait et déterminés par l’influence de l’environnement sur nous comme l’indique le fait que quantité de personnes n’ont pas le moral quand il pleut et, inversement, sont tout sourire quand le soleil revient ? ».

Je m’ennuie assez rapidement sur le purement descriptif (je suis totalement incapable de faire des cours qui répètent des choses dites partout : comme sur « les trois piliers du développement durable » et autres choses sues de quiconque s’est penché cinq secondes sur le thème). Je ne peux pas. C’est maladif : je peux rester un (court) instant sur le descriptif, mais je sens bien que cela me pèse, me vide de mon énergie, m’exaspère et me rend malade d’ennui profond.

Inversement, j’adore échanger avec cet ami zèbre que je connais depuis peu de temps. Tout comme : j’adore regarder/écouter des vidéos où quelqu’un, zèbre ou pas, tient « un discours sur » ce qui est et me donne l’impression de me donner accès au sens, à la signification, à une possible explication (causes/effets) ou à une possible interprétation (sens).

Je ne voudrais pas n’être qu’avec des zèbres. Je ne voudrais pas passer tout mon temps avec des zèbres. Force m’est d’avouer, toutefois, que j’adore ces moments où je sens que nous quittons la terre de la description pure pour, peu à peu, nous élever vers les régions célestes de la signification. Je sens alors le sourire venir, le plaisir aussi : le plaisir de me (re)mettre à vibrer, comme une corde qui n’attendait que ce geste pour donner le meilleur d’elle-même et vibrer à l’unisson avec d’autres cordes. Étrange sentiment. Réalité, toutefois, on ne peut plus réelle.

 

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