Journal d’un zèbre en cage. Petite histoire d’une libération (5)

  • Publié par Philippe Géléoc (philippegeleoc@yahoo.fr) /Dimanche 1er avril 2018 (19h42, fin…)

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Je vais passer le test…

Je me suis décidé. Je vais passer le test de Q.I. (Quotient Intellectuel). Au départ je n’étais pas franchement partant pour aller passer un tel test au regard du prix et au regard de ce qu’on entend dire de ce test, mais bon…plusieurs choses m’ont décidé.

Il y a tout d’abord le fait que, sans être obsédé par cela, je n’arrive toujours pas à croire complètement à cette idée que je puisse faire partie des « zèbres », des « Gifted Adults », des « doués » ou « surdoués », des « HPI ou Hauts Potentiels Intellectuels »,… J’ai beau me retrouver dans de multiples descriptions de ce public, j’ai beau « péter les scores » dans les tests que nos spécialistes de la douance proposent dans leurs ouvrages (Millêtre, Wahl,…), rien n’y fait : je n’arrive pas à y croire. Je me dis que si j’étais cela, il faudrait que mon enfance ait été celle d’un gamin qui pose sans cesse des questions, qui déborde de curiosité, qui apprend constamment des milliers de choses. Or j’ai davantage souvenir…d’un gamin dont l’intérêt principal était…de passer son temps à chercher ce qui pourrait bien faire rire ses petits camarades. « Pitre de service » est le seul titre que l’Education nationale aurait dû me décerner, quand j’y songe…

Faire l’andouille avec le dessus d’une table cogné contre sa partie métallique, m’enfermer dans une salle de classe avec des camarades et expliquer, à travers la porte, à la professeure désespérée que je n’avais plus la clef, partir en cachette acheter des bonbons, fumer des clops : voilà ce que je retiens de mes années de collège et de lycée. C’est dire à quel point le contenu des programmes et des cours m’intéressait. Et pourtant…en même temps…j’adorais les langues. J’adorais préparer certains documents pour les cours d’Allemand, je pouvais y passer des heures et des heures, j’adorais les cours où nous parlions en espagnol, j’adorais l’anglais. J’ai tellement appris les langues au collège que je crois bien n’avoir quasiment rien fait en langues, ensuite, au lycée : il me suffisait d’entendre quelques bribes de cours entre deux blagues faites aux p’tits camarades pour avoir 18 sur 20 à des contrôles que je ne préparais guère. Certains travaillaient dur pour obtenir péniblement un 14, je ne faisais quasiment rien et j’avais un 16 ou 18. Pour le reste, c’était une autre paire de manche : les cours m’ennuyaient, je crois bien. Je n’ai pas souvenir de professeurs m’ayant expliqué « quel sens » il pouvait y avoir à « apprendre par cœur » des définitions de termes économiques dont je mesurai peu l’importance au regard des bêtises et blagues à faire avec les copains. Je n’ai pas souvenir qu’on m’ait expliqué à quoi servait le fait d’apprendre dix pages de polycopiés d’histoire par semaine. Quand je repense à ce gavage immonde, je me demande comment on a pu (comment « on peut » encore ?) infliger de telles choses à l’humain. « Apprendre autrement » pourrait être synonyme de tant de plaisir ! Moi qui adore apprendre, on me « gavait »…Cela m’a écœuré…

Tout comme quand, à l’Université cette fois, il s’est agi d’apprendre quasiment par cœur des cours de Finances publiques, par exemple, de les « recracher » pour avoir un « 16 sur 20 », la meilleure note. Tandis qu’on me félicitait, cela ne me donnait envie que d’une chose : « vomir »…

Tant de choses passionnantes à apprendre…tant de façons ineptes de tenter de les transmettre dans un système d’éducation « de masse »…

Voilà probablement pourquoi moi qui, enfant, adorais étudier l’anatomie chez moi à partir d’un dictionnaire et reproduire les schémas des dictionnaires et encyclopédies, je ne pus tenir en place sur ma chaise en sixième. Au lieu d’être en cours dans le collège, je me glissais à travers les arbres du bois de Locquérant vers la grève, tout en bas, pour aller escalader avec d’autres spécialistes de l’école buissonnière les épaves des bateaux… ; jusqu’au jour où, la patrouille passant par-là, on décida de me faire changer de collège et de tout faire pour me (re)cadrer. Il y avait du boulot…

On dit que les « zèbres » s’ennuient facilement. Je pense qu’ils s’ennuient à faire des choses ennuyeuses et à suivre des cours profondément ennuyeux dispensés pas des professeurs dépourvus de toute pédagogie : tel Luc Ferry qui s’ennuya « comme un rat mort » à l’école avant que ses parents ne finissent par l’inscrire au CNED (Centre National d’Enseignement à Distance).

J’ai beaucoup aimé l’école : moins pour les cours que pour retrouver les copains avec lesquels il allait être possible de faire « les 400 coups »…

Si je veux finalement passer ce fichu test de Q .I., c’est ensuite parce qu’un p’tit camarade zèbre m’a dit un truc marrant à partir du triptyque freudien ; en gros, une fois certain du résultat « le Moi peut s’en donner à cœur joie avec le Ça (principe du plaisir) sans être aussi contraint qu’auparavant par le Surmoi (principe de réalité, interdits,…) ». En clair : je me sentirai plus libre de me lancer dans certains projets. Je dirais que « c’est déjà le cas » mais j’avoue que « ce sera encore plus le cas, effectivement, dans le cas où ce fichu test servant de repère officiel en viendrait à corroborer mes premières intuitions ». L’idée de me sentir plus libre encore demain est une perspective sur laquelle je me garderai bien de cracher…

 

Et puis…je me rends compte que depuis plusieurs mois j’ai commencé à entrer dans une nouvelle aventure, celle de la connaissance accrue de soi, or il me semble que par ce biais du QI, qui n’est pas le seul biais, il me sera donné d’avoir un autre regard encore sur qui je suis, sur comment je fonctionne et sur les pistes pour fonctionner mieux avec moi-même et avec les autres. Cela ne peut que m’intéresser.

Tout cela peut, bien entendu, apparaitre « autocentré ». Je crois, au contraire, que derrière cette meilleure connaissance de moi-même c’est une meilleure connaissance du genre humain en général que je vais avoir et, rien que d’y penser, cela me met l’eau à la bouche… Mieux comprendre l’Homme : il n’y a pas grand-chose qui puisse me plaire davantage. Je trouve que l’Homme, dans son génie et sa splendeur comme dans les horreurs qu’il est capable de commettre est véritablement fascinant.

En avant, donc, vers cette nouvelle aventure. Puisse-t-elle me permettre de mieux vivre avec les autres, de commettre moins d’impairs, de leur apporter davantage en étant davantage en phase avec leurs besoins…

Et…tout ceci n’est pas un « poisson » (d’Avril), car je vais bel et bien passer le test (dans quelques jours) …à moins qu’un autobus ne m’écrase sur le passage piéton m’acheminant vers le cabinet de la psychologue…(« cas de force majeure », pourra-t-on dire, alors… 😉 !).

 

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