Arborescences (11), Oser…

4 mars 2018

« Ce que je pense que je suis », et son incidence sur ce qui m’arrive…

Échange extraordinaire, pas plus tard qu’hier, avec un ami tout peiné par ce qui vient de lui arriver.

Il m’explique ce qui s’est passé…

Pris sur un chantier en intérim, il arrive là-bas avec ses affaires, ses vêtements de travail, ses chaussures de sécurité et…sans forcément le savoir…avec « ses représentations ».

Eh oui ! Car…nous ne nous en rendons pas toujours compte – et certains vivent et meurent sans jamais s’en rendre compte ! – mais nous nous promenons dans la vie quotidienne avec, entre les deux oreilles ce machin…Comment ça s’appelle déjà ? Oui, vous savez…le machin qui serait rempli de « neurones », où il y aurait des « connexions synaptiques », et, dit-on – à tort ou à raison – deux hémisphères, le gauche qui fait que nous sommes logiques, analytiques, séquentiels, rationnels, etc., et le droit qui fait que nous sommes davantage créatifs, branchés images et émotions, axés « pensée arborescente », etc ; ça s’appelle comment déjà ? Ah oui, c’est ça, …merci, cher lecteur, de m’avoir soufflé le mot : « LE CERVEAU ». Parfois je serais capable de ne pas trouver de l’eau en…étant au bord de la rivière !

Le cerveau, donc…

Le cerveau et… « nos représentations »…

Eh oui, je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais…chaque jour nous transportons d’un endroit à un autre ce truc appelé « le cerveau ». Et même ceux qui disent… « mais où ai-je la tête » ? 😉 Il suffit de leur dire « ben…elle est là, juste au-dessus de tes épaules DUCON ! » pour qu’ils se rendent comptent que…jamais ils ne laissent leur tête derrière eux. Autant il est possible d’oublier de prendre son portable, autant il est somme toute assez rare d’entendre un collègue dire « Eh merde !!! Putain, j’ai encore oublié mon cerveau chez moi ce matin ». De fait, pour dire cela, il faut encore…un cerveau. Non ? C.Q.F.D. [Ce Qu’il Fallait Démontrer]

Voyez-vous où je veux en venir ? Je veux en venir au fait que chaque jour, chaque heure, chaque seconde nous transportons sur nos épaules ce truc nommé « cerveau » qui produit…qui produit quoi ? Réponse : qui produit des « représentations ».

Je me représente notamment à moi-même qui je suis, ce que je suis, ce que je vaux.

Or, c’est là que je veux en venir, mon ami est arrivé sur le chantier avec ses représentations à lui, des représentations qui lui font se dire : « je ne suis qu’un intérimaire, je ne suis pas du même niveau que les professionnels de cette boite qui, eux, ont de la bouteille, de l’expérience. Je dois donc me soumettre : on ne me confie pas de « responsabilité », on me demande simplement d’être « dans l’exécution » : simple « agent d’exécution » de ce qui est demandé par d’autres. Les autres sont « responsables », pas moi…

Armé de ces convictions qui sont, en réalité, autant de croyances tout à fait discutables et pouvant nous mener à notre propre perte, mon ami est arrivé sur le chantier, il a demandé à un « professionnel » quelle était la taille des planches qu’il fallait découper et…au lieu d’aller vérifier par lui-même « sur le plan » (repère objectif faisant autorité) si ce supposé collègue « professionnel » lui donnait la bonne information (repère subjectif…susceptible de n’être que subjectif et discutable), il n’a pas réfléchi : il s’est lancé, il a découpé des tas de planche. Il se disait « le collègue sait mieux que moi, puisque c’est un professionnel et que moi, je ne suis, qu’un minuscule et ridicule intérimaire. ».

Erreur…

Fin de semaine

En fin de semaine, le patron est passé sur le chantier, s’est rapproché de mon ami, a regardé les planches découpées et a « pété un câble » :

-c’est quoi ce bordel ?

-…quel « bordel » ?

-Non, mais putain… ! T’as vu la taille des planches que tu as découpées !!! Qu’est-ce que tu veux qu’on foute avec des petites planches comme ça ??? Hein??!!??

Dans la foulée, le patron a appelé la boite d’intérim la semaine suivante, en lui disant qu’il mettait fin au contrat de mon ami.

Voilà pourquoi mon ami était peiné : il se rend bien compte, maintenant, qu’il n’aurait jamais du avoir de telles « représentations » en tête. L’enfoiré qui lui a filé, volontairement, de mauvaises indications (et qui a osé lui dire ensuite, pour se délester encore plus de ses responsabilités, « mais tu n’as pas compris ce que je voulais dire »…), ce supposé « professionnel » qui est « supposé » être plus intelligent, plus responsable que mon ami (d’après les représentations que mon ami a en tête et qui lui ont dicté son comportement) tandis que tout « intérimaire », n’aurait, en réalité pas plus de valeur que mon ami lui-même intérimaire.

Voyez-vous comment nous nous plantons dans la vie ? Nous nous disons « je suis moins intelligent qu’un prof et…nous « n’osons » pas souligner qu’il y a une erreur dans ce qui a été dit, une grosse faute au tableau ». Nous nous disons « je n’ai pas le niveau » pour écrire et…jamais nous ne nous mettons à écrire : nous coupant par avance, « nous mêmes » (!), de la possibilité de devenir tout ce que nous rêverions pourtant de devenir si seulement…

-si seulement nous nous faisions enfin confiance

-si seulement nous cessions de nous rabaisser

-si seulement nous cessions de croire que l’autre est plus intelligent, plus responsable, moins idiot, empli de davantage de diplômes, etc., etc.

Bref : nous nous tirons régulièrement une balle dans le pied.

Si mon ami avait « mis à la poubelle ses représentation », s’il s’était dit « ce type me dit ça mais je suis tout autant responsable que lui et je vais vérifier sur le plan qu’il me donne la bonne indication », s’il s’était donné les bonnes représentations, il ne lui serait pas arrivé ce qui lui est arrivé.

Petite histoire…

Afin d’apaiser sa peine, je lui ai raconté une petite histoire.

L’histoire de ce type qui avait fait une grosse connerie dans sa boite en tant que collaborateur du patron. Une connerie tellement grosse que l’entreprise venait de perdre 100 000 euros…

Il demanda un rendez-vous au patron.

Il fut reçu.

Il expliqua au patron la boulette (qui ressemblait plus à une pétanque qu’à une boulette… 😉 ) puis déposa un courrier sur le bureau du patron.

Le patron le vit faire et lui demanda :

-c’est quoi, ça ?

-c’est ma lettre de démission. De toutes façons, il vaut mieux que je devance les choses puisque je sais que vous allez me virer au vu de « la boulette »…

Le patron lui répondit ceci :

-Vous rigolez ou quoi ??!!!?? Je viens de payer à mon meilleur collaborateur une formation de 100 000 euros et…il voudrait me quitter ? Ramassez-moi ça tout de suite, arrêtez vos conneries et retournez à votre travail !

Leçon de cette petite histoire : même si en France nous n’aimons pas qu’il soit fait référence à nos échecs (à la différence des États-Unis où un type « qui a tout réussi » est forcément vu comme un suspect), sachons que ce sont ces « échecs », ces « erreurs », ces « grosses bêtises » qui nous font grandir puis « gagner en valeur », une valeur que nous pouvons ensuite offrir aux autres.

J’ai échangé avec mon ami, qui est un type extraordinaire, et qui veut « prendre la responsabilité » de tout ce qui lui est arrivé, même si le collègue « professionnel » lui a fait une saloperie – par jalousie vraisemblablement des liens plus chaleureux et amicaux que le patron entretenait avec mon ami qui n’est pourtant qu’intérimaire.

Il m’a dit qu’il retournera voir ce patron, qu’il prend toute la responsabilité de ce qui est arrivé, que cette histoire lui a permis de « grandir », d’ « acquérir plus de valeur » et qu’il serait heureux dans les prochains mois, dans les prochaines années de faire amende honorable et de venir faire bénéficier son entreprise de cette « valeur » accrue grâce aux erreurs, grâce aux échecs.

Car il faut se le dire clairement, une fois pour toutes, et bien se foutre ça dans le crâne (le fameux « cerveau », encore lui…) : il ne s’agit pas de se comparer sans cesse aux autres et de pleurnicher, mais bien plutôt de viser à « progresser », de viser à « acquérir toujours plus de valeur », de viser à développer son leadership, à s’affirmer comme celui/celle qui sait que au bout du tunnel des erreurs, échecs et autres problèmes incessants que la vie place sur notre route, il y a forcément de la lumière au bout !

Au bout du tunnel, nous nous rendrons alors compte d’une chose, comme mon ami qui a retrouvé le sourire au bout de notre échange : « nous avons grandi… »

Conclusion ? « OSONS !!! » Osons penser que nous valons autant que les autres et même beaucoup plus parce que nous sommes « responsables » et soucieux de « porter le sens de nos faits et gestes à la hauteur de cette responsabilité ». Osons progresser, même si nous tombons parfois dans l’ornière de quelque nouveau problème (accident, maladie, erreur, échec, rupture sentimentale). OSONS car : ce qui compte ce n’est pas « ce qui nous est arrivé » (comme à mon ami) mais « comment nous réagissons à cela-même qui nous est arrivé » (comme mon ami qui a décidé de voir dans cette erreur un bon moyen de « grandir »). Bref : soyons maîtres de l’interprétation de ce qui nous arrive, au lieu d’attendre que quelque personne toxique nous appuie sur la tête pour nous empêcher de remonter à la surface en réduisant « notre être » à cette « erreur de comportement ». N’oublions jamais ceci : ce que nous sommes ne saurait se réduire à l’un de nos comportements (celui qui a commis un vol n’est pas voué à demeurer ad vitam æternam enfermé dans son acte).

[Vous avez un ami peiné à qui ça ferait du bien de lire ce post ? Pourquoi ne pas le lui basculer ? Pourquoi ne pas vous faire le porteur des bonnes nouvelles : celles qui permettent de retrouver le sourire après avoir été secoué par la vie…;-) ]

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