Arborescences (7) et retour à la (vraie) philosophie…

24 février 2018

Taper philosophiquement sur la philosophie…

La philosophie et moi…c’est une longue histoire…très longue histoire…

J’ai découvert la philosophie grâce à un ami qui…est devenu tout sauf un ami par la suite pour des raisons qui m’appartiennent…mais que je pourrais presque remercier, maintenant, tant ce qu’il m’a fait m’a permis de découvrir ce que je peux être, ce que je peux, également, me faire être…pour « savoir faire face » aux événements qui, parfois, nous tombent dessus.

La philosophie donc…et cet (ancien) ami : car j’ai bien failli, et bien essayé à un moment donné, de « balancer le bébé avec l’eau du bain », de balancer « la philosophie » car je me faisais croire qu’il serait ainsi possible de couper avec cet individu (supposé ami) qui avait introduit un grand déséquilibre dans ma vie.

Ou l’on voit l’entremêlement des émotions et des idées à certaines de nos décisions que nous pensions parfois « froidement rationnelles »… Émotions quand tu nous tiens, et quand tu tiens à ce point, dit-on, les modalités de réflexion des profils zèbres…

Je croyais pouvoir laisser là la philosophie : un peu comme on se met à penser qu’il faudrait arrêter de penser et que, ce faisant, on n’en continue pas moins, malgré soi, à penser. Il me fallut me rendre à l’évidence : après avoir « poursuivi » des études de philosophie, voilà que cette même philosophie se mettait à me « poursuivre » à son tour… C’est le coup du « ne pensez pas à un éléphant bleu » (et vous y pensez aussitôt) : cela même qu’on vise à rejeter, on ne fait qu’y penser…C’est aussi le coup du boomerang qu’on lancerait, naïvement, le plus loin possible de soi, pour mieux s’en débarrasser et qui…(mon lecteur bouclera la phrase, n’est-ce pas ami lecteur ?)

La philosophie ?…ou les philosophies ?

Souvenirs, souvenirs…

Ce prof qui grattait son cours au tableau : qui commençait sa phrase en haut à gauche du tableau en trois pans, passait de ligne en ligne et réussissait à boucler sa phrase en bas à droite. Je n’avais pas les termes à l’époque,mais je crois bien pouvoir dire aujourd’hui qu’il était entré en transe hypnotique pour faire sa phrase à la Proust (comme quand vous êtes en voiture et que vous réalisez soudain être arrivé à un certain endroit du trajet sans être capable de vous rappeler être passé par tel et tel endroit pourtant présents sur le trajet). Incroyable… Nous étions, en tout en pour tout, je crois bien, deux à tout noter (il arriva d’ailleurs qu’une élève s’endormit en cours…probablement bercée par le roulis des lignes s’amoncelant…) . Parfois, il s’arrêtait au milieu du tableau pour…relire les dix lignes déjà écrites, se remettre en tête le sens global de son idée, puis finissait son marathon en bouclant victorieusement sa phrase ! Avec le recul des années, je conserve un vrai respect pour ce professeur qui était assez particulier dans sa façon de procéder de la sorte mais qui avait un atout : il était un vrai « philosophe » selon moi, une personne capable de réfléchir par elle-même, ce que sont loin d’être tous nos professeurs de philosophie.

Sans doute suis-je mal placé pour en parler, dans la mesure où je n’ai jamais décroché ni CAPES, ni agrégation (je n’ai qu’un modeste Master 2, réalisé sur le tard) , mais…peut-être ne suis-je pas si mal placé que cela, après tout, pour qu’on ait décidé de me « confier » (confiance…) un cours de philosophie à dispenser à l’Université en tant que chargé de cours…

Tous les professeurs de philosophie sont… « professeurs » estampillés comme tels par notre « merveilleux système de recrutement » (oui, cher lecteur, on sent poindre ici un peu d’ironie, je te le confirme…), mais tous ne sont point « philosophes » : loin de là…

Pour « taper » sur quelques-uns : j’eus un professeur d’Université qui nous apprenait la philosophie en déposant devant nous, comme sur les étagères d’un musée, les conceptions philosophiques : du « connais-toi toi-même » socratique chez Platon, à la formule sartrienne « l’existence précède l’essence », et sans rater le détour par le monumental « je pense donc je suis »… Les théories présentées de façon froide, sans lien aucun avec la (vraie) vie, sans lien aucun avec notre vie y étaient devenues des théories « piquées au formol ». La vie en elle s’était depuis longtemps retirée, à proportion du travail suceur de sang d’une certaine philosophie de « petit professeur ». Ce professeur de philosophie était d’une gentillesse qui m’interdit d’en dire davantage…Il était très gentil, mais, je dois l’avouer, assez peu philosophe… Dieu (s’il existe…) ait son âme.

Parmi les meilleurs souvenirs, il y eut le cas de ce professeur qui dans son délire psychanalytique nous lançait des formules comme « Foucault (Michel…pas Jean-Pierre, je dis cela pour un ami footeux qui s’amuse à confondre les prénoms et à essayer de me faire passer du philosophe à…l’animateur, histoire de me faire enrager 😉 )…Foucault « déploie l’espace d’une dispersion ».

Je répète : « Foucault déploie l’espace d’une dispersion ». Vous n’avez rien compris ? Rassurez-vous, moi non plus, et cela ne devrait pas nous empêcher de survivre…;-)

Jour de l’examen : je rends ma copie. A réception de la copie corrigée je note un « très bien ! » dans la marge : à l’endroit exact où j’ai déposé la fameuse formule (creuse, et vide de sens, n’ayons pas peur des mots!) « Foucault déploie l’espace d’une dispersion ». Résultat : une bonne note car…Monsieur le professeur de philosophie…s’est noté lui-même…et se trouve assez bon !

Quand on lit du Lacan (Jacques Lacan, 1901-1981, psychiatre et psychanalyste du genre « gourou » dont les étudiants de l’époque allaient suivre les séminaires aussi religieusement qu’on va à la messe en bigote convaincue)…quand on lit du Lacan, dis-je, à longueur de temps, semble venir le moment où le miroir faisant son effet on n’en peut plus de se trouver aussi beau en se mirant sans cesse dans l’objet qui nous renvoie notre image. Comme cet autre professeur Lacanien, dont on m’avait rapporté qu’en bon « professeur des Universités » il passait son temps à…commenter le livre qu’il avait écrit sur…Lacan… « On n’est jamais mieux servi que par soi-même » comme chacun sait, alors, à quoi bon aller lire les textes des grands philosophes quand le miroir nous livre dès le matin la figure du plus beau, du plus bon et du plus grand philosophe qui se puisse concevoir en ce monde ?

Heureusement, il n’y eut pas que cela en philosophie, mais, je ne puis éternellement laisser la poussière sous le tapis : il y eut, bel et bien, de cela. Il y eut de ces soi-disant « professeurs de philosophie » qui certes étaient « professeurs » mais qui n’eurent, à mes yeux, que le mérite de me faire découvrir « ce que la philosophie n’est pas ». Car…soyons clair : la philosophie, ce ne peut point être cela. Et si ce devait être cela, il y a longtemps que…j’aurais tiré un coup de carabine sur ce monstre hideux qui prétend penser et faire penser et ne fait, en réalité, que livrer des formules.

 

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