Communication (5) : « Les (grands) Maîtres de la communication» /3-Être dans ce qu’on raconte…

21 janvier 2018

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Être dans ce qu’on raconte…

« A une conférence, il n’y a pas longtemps, j’eus l’impression que celui qui parlait avait choisi un sujet trop en dehors de lui ; aussi n’arrivait-il pas à m’intéresser autant qu’il aurait pu. Il racontait des choses qui n’étaient ni dans son cœur ni proches de son cœur, mais vers les extrémités, le superficiel de son être. En ce sens il n’y avait, dans sa conférence, point de pensée vraiment centrale ou centralisante. J’aurais voulu qu’il nous parlât de ce qu’il avait éprouvé de plus intime, comme font les poètes. »

Henry David Thoreau (1854), La vie sans principe.(in : Désobéir. Anthologie politique et réfractaire.(p.41) Editions Aden. 2013.

Être « dans » ce qu’on raconte est le meilleur moyen pour que les autres, qui nous écoutent, y soient aussi. Pourquoi les caméras balayant les salles de séminaire d’un Jim Rohn, d’un Anthony Robbins, d’un Ken Robinson nous donnent-elles à voir des auditeurs et auditoires tout sourire, les yeux pétillants et buvant les paroles de ces grands maîtres de la communication comme on boirait un merveilleux nectar frais un jour de canicule ? La réponse est simple : ces excellents conférenciers sont complètement présents à ce qu’ils racontent. Pour s’en convaincre, il suffit de les observer un instant…

Tony Robbins a le regard dans le lointain, devant lui, lorsqu’il parle d’une personne arrivant un jour au loin et se rapprochant peu à peu de lui. Jim Rohn mime devant son auditoire un début de marche risible pour, soi-disant, donner à imaginer qu’il marche comme marcherait une personne qui a du succès. Quasiment tous les maîtres de la communication rient en disant quelque chose de risible, se mettent dans une mimique de questionnement quand ils disent s’interroger sur tel ou tel point. Tous ou presque sont « acteurs », tous « montent sur scène » pour mimer ce dont ils parlent. Bref, ils vivent ce qu’ils disent : ils disent par exemple ce qu’ils ont vécu mais, en le racontant, ils semblent encore vivre ce qu’ils ont vécu car ils vivent manifestement ce qu’ils sont en train de dire ou en donnent, en tous cas, l’impression.

Être corps et âme « dans » ce qu’on raconte et non « extérieur » à son sujet, voilà une attitude à dimension contagieuse. En voulez-vous la preuve ? Écoutez Anthony Robbins quand il bouge de gauche à droite sur scène, puis de droite à gauche, comme un lion en cage, en parlant des gens (c’est-à-dire de nous…) qui consument leur vie à passer d’une « boite » à une autre « boite » (« boite » usine, « boite » mail,…) sans vraiment « bouger » et qui planifient puis planifient encore en vue d’envisager un jour de se mettre au sport afin de retrouver de l’énergie : après avoir été de gauche à droite et de droite à gauche de façon incessante, pour nous livrer cette description, le conférencier s’arrête, puis tel le lion qui se met enfin à rugir, il crie « MOOVE !!! » (« BOUGEZ !!! »). De telles mises en scène servent-elles à quelque chose ? De toute évidence, oui…

Se mettre en scène en étant « dans » ce qu’on dit permet de vivre ce qu’on dit, de vibrer en disant ce qu’on a à dire et cela génère des émotions qui, comme chacun le sait, sont contagieuses : quelqu’un vibre en racontant quelque chose ? Nous vibrons. Quelqu’un est au bord des larmes en racontant quels efforts il lui a fallu faire pour surmonter les souffrances de sa maladie et venir nous parler de ces choses intimes ? Cela fait monter en nous des débuts de sanglot. L’inverse est tout aussi vrai : qui de nous ne s’est pas ennuyé à mourir dans un cours, dans une formation où l’intervenant parlant sur un ton monocorde et n’étant pas « vivant » finit par nous faire devenir aussi « mort-vivant » que lui ?

Disant cela, je pense, par contraste, au meilleur professeur de philosophie qu’il m’ait été donné d’entendre. Son talent à lui résidait dans le fait d’être capable par sa mimique et sa mise en scène de nous donner à croire que nous assistions à un débat en direct entre le philosophe Socrate et l’un de ses interlocuteurs, ou encore entre Descartes et Leibniz. Nous ne venions pas écouter un professeur qui déversait du savoir dans les têtes comme on verse un liquide d’un récipient à un autre à l’aide d’un entonnoir : nous venions au spectacle ! Nous venions écouter « en direct » ce que des « Maîtres à penser » avaient à dire. C’était si simple, si compréhensible, si accessible à tous ; et c’était si vivant que nous avions encore des étoiles plein la tête en quittant la salle, sans avoir vu le temps passer. Celui qui nous parlait de ces « Maîtres à penser » avait une singularité irremplaçable : non seulement il était lui aussi à sa façon un de ces « Maîtres à penser », mais cela se doublait du fait d’être aussi un « Maître de la communication ».

Ce que nous avons à dire n’est pas un matériau inerte composé d’éléments morts qu’il s’agirait de poser sur des étagères afin qu’ils soient là éternellement pour prendre la poussière. Ce que nous avons à dire ne peut être grand et vivant que pour autant que nous lui donnons de la grandeur et le faisons vivre en vibrant nous-même et en lui donnant toute l’ampleur méritée.

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