Et si on se faisait être « éternel étudiant » ?…

3 janvier 2018

« Sacré Philippe ! L’éternel étudiant… » : je ne sais pas s’il y avait un peu de moquerie ou pas dans cette remarque, mais quoi qu’il en soit, je me souviens bien de cette dernière remarque de mon employeur quand, il y a une vingtaine d’années, je l’ai quitté pour « repartir faire des études ». J’étais « pompiste », par défaut, et donc faute de trouver mieux, et après avoir passé environ deux années dans cette cabine de verre et dans ce métier qui correspondait assez peu à mes aspirations initiales, j’avais décidé que j’en avais :

-plus que marre de ce boulot alimentaire,

-plus que marre de voir les autres venir faire du carburant avec une planche de surf sur le toit de la voiture le samedi matin ou le samedi après-midi alors que moi je bossais,

-plus que marre de lire, en cachette entre deux clients, les Propos sur le bonheur du philosophe Alain sans réussir à être vraiment heureux, ou le Traité de la réforme de l’entendement de Spinoza sans pouvoir user moi-même de mon « entendement », de ma pensée, autrement que pour me dire intérieurement « bon sang de bonsoir… », «…tu ne vas tout de même pas passer toute ta vie dans cette p…[BiiiIIIPPP!] de cabine !!! ».

Bref, on l’aura compris : j’en étais à « la goutte d’eau qui fait déborder le vase », au « trop c’est trop »…

Et quand, un beau jour, ayant enfin réussi à envisager de « passer à autre chose », je déclarai à mon employeur que j’allais partir, que j’avais trouvé autre chose, que, du haut de mes 30 ans, j’allais « reprendre quelques études » pour « passer des concours », celui ci, un sourire aux coins des lèvres,me lâcha donc, comme je le disais : « Sacré Philippe ! L’éternel étudiant… »

« Éternel étudiant… » : ça veut dire quoi ?

Il m’avait donc placé dans une catégorie, il avait placé une étiquette sur mon front, comme on aime tant à le faire. C’est tellement rassurant de se donner, ainsi, l’impression d’avoir fait le tour de « qui » est une personne…

Je ne pense pas qu’il s’agissait d’un jugement malveillant. Aujourd’hui encore, j’éprouve une vraie reconnaissance à l’endroit de cet employeur qui m’avait permis d’être « pompiste philosophe » ou « philosophe pompiste »… Plus sérieusement, il m’avait permis de sortir de ces moments difficiles dans lesquels nous pouvons être lorsque, étant sans emploi, nous tournons en rond, nous avons un peu honte de « rester à rien faire », puis un peu de mal à nous lever le matin, puis encore un peu de mal à parler quand il faut répondre à la question « et toi ? Tu fais quoi dans la vie ? », et enfin…un peu de mal à parler tout court…

Cet emploi et cet employeur m’ont beaucoup apporté et…je ne regrette rien…car… « j’ai appris » des choses, là aussi…

Je ne sais pas bien si on dit à quelqu’un qu’il est un « éternel étudiant » pour le taquiner, voire pour user d’un brin de moquerie dans le jugement porté sur l’autre et ses projets. Ce que je sais, en revanche, c’est que je suis extrêmement content et, pour tout dire, « véritablement heureux » à la seule idée d’avoir, effectivement, toujours été, depuis tant d’années, cet « éternel étudiant ».

« Étudiant », je l’ai été, je le suis encore – j’ai notamment bouclé un master 2 de philosophie à 48 ans, puis bien failli me lancer dans un Doctorat qui a fini par me sembler inutile – et j’espère le demeurer encore longtemps…

« Étudiant » = celui qui « poursuit » des études… ?

N’est-on « étudiant » que parce qu’on suit, poursuit des études ? (« Vous avez 4h pour traiter le sujet » ;- ) ) Je ne le crois pas. Je considère, bien plutôt qu’on peut être étudiant en tout temps et en tout lieu.

Prenons, « pour le besoin du raisonnement » comme dit l’autre, le cas de « ce matin »… Pas pour vous raconter ma vie, mais pour vous raconter « ce que peut être une vie » pour peu qu’on décide de la placer sous le signe de « l’étude », pour peu qu’on veuille profiter chaque jour pour « apprendre » quelque chose : sur soi, sur les autres, sur le monde en général…

Pour cela, inutile de courir à la Fac ! Inutile de courir à la bibliothèque ! Inutile, même, de sortir de son lit… Oui, vous m’avez bien lu : « inutile de sortir de son lit » !

Je m’explique…

« Étudiant » = « on peut même étudier…avant de sortir de son lit ! »

Ce matin, il était encore tôt, et même très tôt : et même « beaucoup trop tôt pour se lever ». Il n’aurait pas été « raisonnable » comme on dit, de se lever à pareille heure… Je ne vous dis pas quelle heure il était car je sens bien…que vous êtes prêt à contacter les urgences pour qu’il viennent me chercher et… « faire la piqûre » qui va bien…

Plus sérieusement, qu’ai-je décidé de faire, à ce moment-là ? De me lever ? Réponse : NON. D’attendre avant d’aller « apprendre » ? Réponse : NON.

J’ai décidé…de compter jusqu’à 300 ! (Lecteur : « Il est vraiment dingue ce type…ça se confirme… ; le type est « chargé de cours » à la Fac, et…il compte jusqu’à 300 dans son lit le matin !?! Ne rigolez pas ! : c’est un type comme ça qui fait cours à nos enfants !!! ; non mais, vous imaginez ???»)

J’ai décidé de respirer en comptant 1, puis 2, puis 3,…jusqu’à 300 : en comptant « 1 » à la première expiration, puis « 2 » à la deuxième expiration, puis…

Et savez-vous ce qui s’est passé ? Le savez-vous ? (Lecteur n°2 : « Ben non, t’es c…, ou quoi ? On n’était pas là, mon pauvre Philippe ! »). Ce qui s’est passé…

…ce qui s’est passé, c’est que, « éternel étudiant » que je suis, j’ai « appris » à quel point il est difficile de rester simplement concentré sur sa respiration et de compter jusqu’à 300 à chaque expiration : sans forcer, il s’agit de respirer « normalement » et, « simplement » (mais…est-ce si simple?), de compter à chaque expiration.

J’ai « appris » – mais j’en avais déjà fait l’expérience, je vous l’avoue – à quel point ce qui paraît extrêmement simple en théorie peut, dans les faits, être extrêmement difficile à mettre en œuvre ! « Compter jusqu’à 300 simplement en suivant à chaque fois le moment de l’expiration pour lui accoler un nombre ? Trop facile ! » : oui, eh bien, essayez, puis…on en reparle…hein ?

Si vous essayez, vous allez réaliser à quel point les diverses pensées qui nous traversent la tête en permanence deviennent de véritables obstacles pour continuer à focaliser son attention sur sa respiration ! A moins, bien entendu, que vous ne soyez déjà un maître Zen (vous trichez…), ce que…je ne suis pas !

Ce que cela m’a « appris » ? C’est tout simplement la chose suivante : il est très difficile de se maîtriser.

J’ai déjà croisé des « responsables » (ou…supposés tels…) qui prétendaient « maîtriser » leur environnement en ayant « la responsabilité » d’un des secteurs de l’organisation, d’une de ses équipes et qui… « pétaient un câble » – c’est l’expression la plus parlante qui me vient à l’esprit – à cause d’une simple broutille, un peu comme un « tout petit » chatouillement au niveau du nez génère un « ENORME » éternuement. Ces personnes-là, à mon sens, « ne se maîtrisaient pas » et auraient gagné, ce me semble, à faire mon petit exercice matinal : compter jusqu’à 300… En se maîtrisant elles-mêmes, elles en seraient venues à maîtriser de façon bien plus bienveillante et efficace leur environnement, j’en suis absolument convaincu.

Où l’on voit qu’être « éternel étudiant » c’est « se faire être » cet « éternel étudiant » et décider de continuer à apprendre (sur soi, sur les autres, sur le monde en général). Il s’agit là d’un « choix » : celui de « toujours essayer de progresser », en apprenant de nouvelles choses, en apprenant à se faire être dès aujourd’hui et/ou dès demain celui/celle qu’on n’était pas hier (une personne qui se maîtrise, par exemple, et arrive à rester focalisée de façon imperturbable sur quelque chose).

Continuer à avancer, donc, surtout quand on sait que : ne plus avancer, c’est « décider » de ne plus avancer, et c’est aussi et en même temps… « décider » de stagner, et donc « décider » de « régresser » au regard des possibilités pourtant énormes que recèle notre cerveau et, au-delà, notre être tout entier.

Ceux qui ont déjà fait l’expérience d’avoir un plâtre après un accident savent très bien de quoi je parle : un muscle non utilisé est un muscle qui s’atrophie… Que dire, alors, de notre cerveau, quand nous ne faisons pas ou plus l’effort d’aller « apprendre » par un biais ou un autre…

Bref, je n’ai qu’une suggestion :

Soyons d’ « éternels étudiants » et la vie nous le rendra bien !

« Au pire »,comme disent mes gamins (se fondant là sur une étrange appréhension, à mes yeux, de cette notion du « pire », mais bon, ce serait un autre débat…), …vous aurez appris à compter jusqu’à 300 ! 😉

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