« Être Zen », « méditer… », « lâcher prise »… : les limites d’un certain discours…

30 décembre 2017

Petit échange, l’autre jour avec un ami. M’entendant parler d’ « objectifs » qu’il peut être intéressant de se fixer dans la vie quotidienne pour arriver à…ce à quoi on veut arriver, le voilà qui me rétorque, en substance que « les objectifs, c’est bien mais…le « lâcher prise » c’est mieux ».

A quoi je réponds à mon tour ceci : « oui, le lâcher prise…admettons…et pourquoi pas…mais pour y arriver il faut : se fixer pour objectif d’y arriver, se fixer pour objectif d’arriver à le mettre en œuvre par la méditation, par une balade en bord de mer ou que sais-je encore ». Bref : se fixer pour objectif de penser à autre chose que des objectifs…c’est encore un objectif qu’on se fixe ! Et décider de « lâcher prise » pour cesser de viser des objectifs, c’est…encore viser un objectif !

En résumé : décider de ne plus penser en termes d’objectifs, c’est…encore se fixer un objectif.

Dit autrement, et à la manière de Fichte (philosophe,1762-1814) cette fois :

Il n’est pas possible de…sauter par-dessus soi-même ! Il n’est pas possible de se fixer pour objectif de…cesser de penser en termes d’objectifs car : c’est encore un objectif, qu’on le veuille ou non ! Mais, laissons là l’abstraction et faisons en sorte de revenir à des choses du quotidien bien concrètes et aisément observables autour de nous dans la société… Observons « les gens », ces fameux « gens » dont…nous faisons partie, bien entendu !

Une société assez rigolote…

Puis-je me moquer un peu ? Juste pour s’amuser un tout petit peu en allant à contre courant de l’idéologie ambiante ? Ça ne vous dérange pas ? C’est juste pour bouger un peu les représentations dans la tête des uns et des autres (mon sport favori…).

OK ? Bien…allons-y…

Vous les avez vus ? Vous les avez vus tous ces gens qui vont faire du yoga, qui vont faire de la méditation, qui veulent être « zen » façon Lao-Tseu ou Confucius ? Ne sont-ils point rigolos parfois ?

A vrai dire,…je n’ai rien contre cela, et je me suis « amusé » moi-même à essayer la méditation, façon Thich Nhat Hanh par exemple en écoutant ma respiration tout en marchant, à l’essayer aussi façon Christophe André ou façon Jon Kabat – Zinn (créateur de la “mindfullness” ou “méditation de pleine conscience”) en…faisant la vaisselle ou le ménage tout en étant complètement présent à mon balai, ou à mes fourchettes et mes couteaux qui eux, en retour,…demeuraient dans une indifférence, hélas, assez radicale à mon égard (je vous avais prévenu…, je vous avais dit que j’allais m’amuser à me moquer un peu ; chose promise…)

J’ai même lu (ordre alphabétique en commençant par les noms des auteurs, et les prénoms suivent) ceci :

1-André Christophe (2012), Méditer, jour après jour. 25 leçons pour vivre en pleine conscience. Editions L’Iconoclaste.

2-Beauregard Mario (2012), Les pouvoirs de la conscience. Comment nos pensées influencent la réalité. InterEditions 2013

3-Hanh Thich Nhat (1974), Le miracle de la pleine conscience. Manuel pratique de méditation. J’ai lu. Aventure secrète, 2008.

4-Hanh Thich Nhat (1992), La sérénité de l’instant. J’ai lu. Aventure secrète, 2008.

5-Hanh Thich Nhat (2012), Commencer à méditer. Editions Pocket. 2014.

6-Hanh Thich Nhat (2013), L’art de communiquer en pleine conscience. Editions Le courrier du livre. 2014.

7-Kabat – Zinn Jon (1994), Où tu vas, tu es.(Titre original : Whereever you go, there you are). Editions J’ai lu. Collection Bienêtre. 2013.

8-Kabat – Zinn Jon (2010), Méditer. 108 leçons de pleine conscience. Editions Les Arènes.

9-Krishnamurti (1975-2011), L’essentiel et l’art de vivre. Synchronique Editions, 2014.

10-Marquis Serge (2011), On est foutu, on pense trop ! Comment se libérer de Pensouillard le hamster.Editions de la Martinière. Points 2016.

11-Ricard Mathieu (2008), L’art de la méditation. Editions Nil.

12-Siaud-Facchin Jeanne (2012), Comment la méditation a changé ma vie…et pourrait bien changer la vôtre. Editions Odile Jacob.

13-Smedt (de) Marc (2013), Petit cahier d’exercices de méditation au quotidien. Editions Jouvence.

Avec plus d’une dizaine d’ouvrages lus sur le sujet, et quantité d’articles, on ne pourra pas me reprocher de ne pas savoir de quoi je parle…

Quelle conclusion je retire et de mes lectures, et de mes modestes tentatives personnelles de « méditation » ?

-Que c’est plutôt sympa…

-Que ça permet de rester/retrouver un certain calme en soi…

-Que ça va peut-être me permettre de vivre plus longtemps (sauf…si je retire le temps que j’ai passé les yeux fermés à écouter ma respiration… Désolé, j’peux pas m’empêcher de plaisanter… ; mais ce n’est pas « que » de la plaisanterie car si, d’après de sérieuses études, on peut vivre plus longtemps après avoir médité pendant des milliers d’heure…je ne peux m’empêcher de me demander si on n’aurait pas pu consacrer ces « milliers d’heures » et donc sa vie à autre chose…qu’à être les yeux mi-clos, mais bon… à chacun de voir – je vous l’accorde – à quoi il souhaite consacrer sa vie…)

Seul bémol, mais qui n’est pas des moindres. Je demeure convaincu qu’il est idiot de vouloir « sauter par-dessus soi» en prétendant laisser de côté les projets de notre vilain « ego » dont il s’agirait de se débarrasser (imaginons un seul instant, le type, tout content de dire « j’ai réussi à me débarrasser de mon ego, je suis trop fort » (Gloups ! Hi, hi, hi…) ).

Il fut une époque, pas si lointaine, où une certaine philosophie incarnée notamment par un philosophe nommé Michel Foucault célébrait « la mort de l’homme ».

Je ne peux m’empêcher – je le confesse – de penser qu’il y a comme un éternel retour de la bêtise quand on s’assoit façon « zazen » (cf. Taïsen Deschimaru) en vue de dépasser son « ego », ou qu’on a pour objectif de…dépasser l’idée d’objectifs pour « lâcher prise » : on fait, ce faisant, cela même qu’on prétendait dépasser et ne plus faire, ce qui est aussi intelligent que le fait de dire « j’étais sur un bateau qui a coulé et il n’y a eu aucun survivant ». (Non…sans blague ???)

Bref, il me semble largement plus intelligent de penser que l’Homme avec un grand « H » est : liberté, conscience, volonté, projets, fixation d’objectifs, intentions, etc. (ce qu’on appelle un « sujet » en philosophie, ou une « subjectivité ») et, si je goûte comme tout le monde ou presque les moments de lâcher prise (apprécier un joli coucher de soleil, rester contempler une vague qui se déploie,…), je maintiens, contre vents et marées, qu’il est absurde de vouloir s’asseoir sur ce qui fait l’essentiel de ce qu’est un Homme (avec un grand « H », mieux vaut préciser dans la période actuelle…), savoir : la conscience, la volonté et donc…la liberté en tant que faculté d’arrachement à divers paramètres susceptibles de déterminer pour partie, mais seulement pour partie, notre être (inconscient, lieu de naissance, diplômes, milieu familial, etc.)

Ceci dit,…comme toujours…je suis prêt à (re)discuter de tout cela et ce ne sont pas les individus qui pensent ces choses-là que je critique mais…les idées, à mon sens absurdes, que certains de ces mêmes individus – pourtant intelligents, du point de vue des critères en vigueur et cultivés par ailleurs – véhiculent parfois sans toujours s’en rendre compte…

2 commentaires

  1. Dans les années 70 (au vingtième siècle), du temps des Beatles et de Maharishi Mahesh Yogi, j’ai été initié à la méditation transcendantale. Même à cette époque lointaine, certains souhaitaient utiliser cette méthode de relaxation pour en faire une technique de quasi auto psychanalyse. Exercice, entre nous très risqué pour un profane. Malgré toute la puissance potentielle de cette méthode, j’ai préféré m’en servir comme outil de ressourcement de mon énergie vitale. En disant cela, je réalise que tout ça a l’air abstrait mais en fait, c’est simple et très réconfortant. En fait , la technique veut que pendant deux fois vingt minutes par jour, dans un environnement relativement calme, on « laisse venir » n’importe quelle pensée ( que ce soit que nous sommes un violeur ou une patate, car tout nous est alors permis) en pensant , de temps en temps à un mantra ( un son non prononcé) . Ça a l’air de rien, mais ça marche…Mon esprit cartésien et logique ne s’en remet toujours pas, mais les résultats sont spectaculaires. C’est facile et à la portée de tous (parce que tout le monde a des pensées), mais après quelques séances d’entrainement, après chaque méditation, on se sent comme si on avait passé une nuit de sommeil très réparateur à condition d’avoir « laissé venir ». Ce que j’en comprends, c’est que pour un rare moment de notre existence, en laissant n’importe quelle pensée nous habiter, en ne luttant pas contre elle, selon nos valeurs ou nos principes, il s’en dégage une grande relaxation qui n’a, par ailleurs, aucune conséquence fâcheuse puisqu’on est retiré du monde… Une fois qu’on a récupéré ainsi un minimum d’énergie vitale, on peut alors s’attaquer à l’atteinte de nos objectifs. Dans mon cas, après une période d’au moins deux mois où je méditais régulièrement ( presque religieusement), deux fois par jour (c’était facile alors que nous n’avions pas encore d’enfants), j’ai opté pour une utilisation ponctuelle (à peine une ou deux fois par année lors de période de grande fatigue) et ça fonctionne encore. Mais, de façon lucide et volontaire, ça n’a jamais été autre chose qu’une méthode et non un quelconque exercice métaphysique ou psychologique, simplement parce que je savais que ma vie ne me permettait pas de m’engager dans un processus où l’on sait quand ça commence mais on ne sait pas quand ça finit…C’était ma sagesse à moi, mais en disant ça , je suis bien conscient que d’autres ont été capables de pousser plus loin cette expérience par ailleurs extraordinaire…

    Gilbert, le Québécois

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    1. Merci Gilbert. Très intéressant, et très agréable à lire, comme à chaque fois ! Je partage ton point de vue qui m’apparait comme une tentative de conciliation entre deux mondes (méditation lâcher prise, et on laisse l’ego de côté, autant que faire se peut // fixation volontaire d’objectifs, et l’ego, ou le moi, ou le sujet, en tant que conscience et volonté s’efforce de se maîtriser lui-même et de maîtriser son environnement). Le bonjour, au passage, à nos amis québécois ! Philippe, le Finistérien,… de Montréal au Canada 😉

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