Pour « manager » sans s’exténuer…

18 décembre 2017

« Manager » et « s’exténuer » : deux verbes qui riment. Mais il y a très certainement plus que la simple rime…

Certains chefs encadrent, « font faire » comme on dit et « font faire »…d’une certaine façon,…ou d’une autre…

En échangeant à ce sujet avec une amie, pas plus tard qu’hier, une image m’est venue en tête. Cette image vaut ce qu’elle vaut, mais elle me semble parlante…

Chef n°1 : « je fais faire mais…il faut que ça me convienne complètement et que ça soit complètement conforme à ce que j’ai dans la tête »

Chef n°1 et chef n°2 ont un point commun : ils « font faire ». Autrement dit, que cela plaise ou déplaise, les chefs sont là pour « faire faire ». Ils donnent la ligne, ils donnent le cap, ils indiquent à leurs collaborateurs ce qu’ils veulent, les résultats attendus puis ils attendent…que ce soit fait !

(« Ouah ! Trop cool d’être chef ! Moi j’veux être chef M’sieur ! Ça me plaît bien, ça : de filer du boulot aux autres puis d’attendre… » / Réponse de Philippe Géléoc : « Oui, je comprends mon garçon, mais…c’est un peu plus compliqué que ça, vois-tu, et je t’expliquerai en quoi être chef ça ne veut pas dire uniquement être payé à la fin du mois tout simplement en ayant filé aux autres le boulot à faire ; « faire faire » n’est pas si simple quand l’autre ne sait pas faire, ne peut pas faire, ne veut pas faire… Mais j’y reviendrai…)

Style du chef n°1 : le chef n°1 a bien réfléchi tout seul dans son bureau et, « le moment venu » – celui, vous savez, où on l’entend crier « euréka ! » dans son bureau – il sort de ce bureau puis va dire aux collaborateurs ce qu’il faut qu’ils fassent.

C’est le moment où les collaborateurs « sourient » au chef, mais…n’en pensent pas moins (« il est gentil le chef, il croit qu’on va s’bouger parce que Môsieur a eu une nouvelle illumination dans son bureau », « on est déjà débordés ! », « on va attendre demain, que l’idée lui passe…c’est un peu comme la gastro, ça ne dure pas en général… »).

Et le chef n°1 est motivé : ultra motivé ! Il raconte même à sa femme, le soir venu, comment il a eu une nouvelle idée géniale ! Et c’est le moment où sa femme lui « sourit », mais…ne lui dit pas moins : « Oui, c’est bien mon chéri, mais il faut manger ce que j’ai préparé…sinon ce sera froid. Et ensuite, tu feras la vaisselle, puis tu sortiras les poubelles, hein mon chéri d’amour ? » [Ben oui, même en tant que « chef n°1 » on ne peut pas non plus être chef tout le temps et…il faut déléguer à sa femme pour qu’elle « fasse faire » à son mari, lequel « contrôle »…qu’il a fait ce que sa femme lui demande de faire. Précision : toute ressemblance avec des situations « réelles » est, il va de soi, le fruit du hasard…]

Bref, le chef n°1 est tout content et il repart, le lendemain, au boulot en se disant « je vais voir comment mes collaborateurs ont bien fait ce que je leur demandais de faire ». C’est, comme on s’en doute, le moment où notre cher « chef n°1 » s’achemine vers une cruelle désillusion (snif…) :

-le collaborateur a fait le contraire de ce qui était demandé

-le collaborateur n’a rien fait car il n’a (au moins en première apparence…) rien compris à ce qu’on lui avait demandé de faire

-etc.

Bref, et rebref : c’est le moment où notre chef n°1 sort sa phrase magique « puisque je suis avec une bande d’incapables, écartez-vous, je vais vous montrer moi ! Je vais vous montrer, moi, comment il faut faire ! »

Et c’est le moment où : le chef finit par faire ce qu’il demandait aux autres de faire !

Petite image : c’est, en fait, le chef qui voyant que la voiture n’avance pas ou n’avance plus, quitte le volant et laisse ses collaborateurs tout sourire bien installés dans la voiture tandis que lui…est passé à l’arrière : derrière la voiture ! Vous le reconnaissez ? C’est lui qui transpire, qui pousse et pousse encore tandis que ses collègues toujours confortablement installés sont…toujours aussi souriants (« il pousse bien la voiture, le chef, hein ? Tu trouves pas ? »). Et le chef n°1 pousse la voiture, pousse toujours « tout seul » tandis que d’autres charmants collaborateurs montent à leur tour dans la voiture qui est…toujours poussée par le chef. Car : « tant que ça tient bon, moi chef n°1, je continue à pousser ! »

Et un beau jour…on apprend que le chef n°1 « ne viendra pas » ou « ne viendra plus » au travail. Certains utilisent des mots anglais bizarres pour expliquer cela. Ils disent, tout bas : « burn-out »…

« Bizarre… Comme si la voiture avait cramé et que le chef il était…tout carbonisé… »

Chef n°2 : « je vais faire en sorte d’aller échanger avec mes collaborateurs pour bien connaître leurs envies et leurs talents. Je ferai ensuite en sorte de tisser du lien entre leurs envies et les miennes, entre leurs talents et les miens »

Le chef n°2 n’est pas un père (ou une mère) qui a empêché ses enfants de tomber par-terre lorsqu’ils apprenaient à marcher. Il n’a pas tenu en permanence les bras et les jambes de ses enfants pour que ces derniers ne tombent à aucun moment. Il les a laissé grandir… Il s’est dit qu’il serait complètement idiot d’aller marcher à la place de ses enfants et de les attacher tout le temps pour…qu’ils ne tombent pas !

Style du chef n°2 : le chef n°2 a bien réfléchi tout seul dans son bureau mais avant d’aller crier haut et fort qu’il avait eu une idée, il est sorti de son bureau et est allé échanger de façon informelle avec ses « collaborateurs » qui sont « ses collègues » et…sans lesquels il ne ferait pas grand chose… Un chef « tout seul »…finit rapidement par n’être que…chef de sa petite personne… Il est donc sorti de son bureau et a « testé » son idée en en parlant avec les autres.

-Certains lui ont dit que c’était une idée géniale et il a demandé « pourquoi » ? On lui a dit « c’est génial parce que tout le monde attend ce changement depuis longtemps » ; il a pris note.

-Certains lui ont dit que c’était une idée « sympathique mais…que, après, il y a la réalité » et, au lieu de se froisser, au lieu d’enfermer ce collaborateur dans une image négative et de l’étiqueter notre chef n°2 a demandé « pourquoi » ? « Pourquoi vous n’y croyez pas ? » On lui a dit « on n’y croit pas parce que : il faudrait d’abord faire un diagnostic ». Le Chef n°2 a souri et a dit : « c’est génial, vous avez raison, il faut que « NOUS » fassions un diagnostic au préalable ». Et là, le collaborateur qui était opposé à l’idée s’est dit « tiens,…le chef m’écoute ; tiens, il pense que mes suggestions sont pertinentes ; tiens, il a l’air de penser que je pourrais apporter une vraie plus-value au projet », puis il s’est impliqué « à fond » pour que « l’idée » du chef se transforme en un « projet collectif ».

Et le chef n°2, du coup, est motivé : ultra motivé ! Il est ultra motivé parce que ses collaborateurs, auxquels une place a d’entrée de jeu été faite dans la construction du futur projet, sont eux-mêmes « ultra motivés » !

Bref, le chef n°2 est tout content et dès le lendemain il repart, au boulot en se disant « je vais voir quelles autres envies et quels autres talents mes collaborateurs pourraient injecter dans NOTRE projet ». C’est, comme on s’en doute, le moment où notre cher « chef n°2 » s’achemine vers une véritable plage de joie…celle où on a l’impression de construire à plusieurs ce qu’un seul ne pourrait jamais porter tout seul à bout de bras.

Quand le chef n°2 arrive au bureau, le lendemain :

-un des collaborateurs a laissé un post-it, tôt le matin, pour suggérer de prendre contact avec un partenaire qui permettrait de rendre le projet encore meilleur !

-une collaboratrice se plaint…qu’une des réunions se soit tenue en son absence et se dit prête à déplacer momentanément sa journée temps partiel pour pouvoir mieux se mettre au service de l’aboutissement du projet.

-etc.

Bref, et rebref : c’est le moment où notre chef n°2 sort sa phrase magique « puisque chacune et chacun met ainsi du sien, nous avons gagné le droit de faire une pause pour…prendre un café ensemble, non ? Ça vous dit ? »

Et c’est le moment où : le chef finit par observer que face aux détracteur extérieurs du projet, face aux « jaloux », aux « juges hyper critiques », il n’a même plus à ouvrir la bouche : ce sont ses propres collaborateurs qui portent et défendent le projet mieux qu’il ne le ferait lui-même tout seul !

Petite image : c’est, en fait, le chef qui voyant que la voiture n’avance pas ou n’avance plus, quitte le volant et va ouvrir le capot pour injecter dans le moteur de l’envie, du plaisir et du talent que ses collaborateurs lui ont fourni. Vous le reconnaissez ? Vous voyez où il est à présent ? Il est de retour au volant, et c’est lui qui pilote une voiture devenue une véritable voiture de course ! Il est détendu au volant, tandis que ses collègues bien installés sont…toujours aussi souriants en l’aidant à trouver le meilleur chemin pour arriver à une destination choisie en commun depuis le départ (« il est sympa le chef, hein ? Tu trouves pas ? »). Et le chef n°1 avance dans la bonne direction, grâce à des collaborateurs qui ont à cœur de lui signaler les panneaux, de l’avertir d’un danger sur la route, de lui éviter de dériver vers une autre destination non voulue. Notre chef n°2 est détendu car : « tant que nous avons l’envie commune en guise de moteur, moi chef n°2, je continue à soutenir le travail de mes collaborateurs en répondant présent dès que le besoin se fait sentir de les aider, en intervenant moi-même aux niveaux auxquels eux n’ont pas accès pour retirer tel ou tel petit cailloux dans la chaussure commune  ! »

Et un beau jour…on apprend que le chef n°2 a les larmes aux yeux. Étrange, non ?

Pour des raisons personnelles, il a fait le choix de quitter ce poste pour en rejoindre un autre, ailleurs. Il n’est pas encore parti que ses collaborateurs lui manquent déjà. Certains utilisent des mots bizarres pour expliquer qu’il y ait aussi des larmes aux yeux qui apparaissent chez les collaborateurs au moment du « pot de départ » du chef n°2. Certains, qui se maîtrisent davantage font en sorte de se contenir et disent tout bas et froidement aux autres : « simple contagion émotionnelle »…

Et vous ? Déléguez-vous ? Ou bien…attendez-vous de tomber par-terre après avoir porté le travail d’un collaborateur, puis celui d’un deuxième, puis celui d’un troisième… ?

Mais peut-être savez-vous déjà que tel travail que vous n’aimez pas faire…quelqu’un, dans votre équipe, se ferait une joie de le faire pour vous et à votre place si seulement vous songiez à lui « confier » une telle mission, et donc à lui faire « confiance » ?

Pour une raison que j’ignore, mais qui n’est peut-être pas sans lien avec ce qui précède, je repense à un petit livre que je lisais à mes gamins quand ils étaient petits, ce livre était intitulé :

« Petit Ours brun veut faire tout TOUT SEUL… »

Je ne sais vraiment pas pourquoi je vous raconte ça, moi… 🙂

(« ça ne s’améliore vraiment pas chez Philippe Géléoc…, il se remet à nous reparler de « petit Ours brun ». On appelle les urgences ?)

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