Liberté (2) : « Et si on essayait de donner un coup de ciseau dans certains liens qui nous ligotent ? »

2 décembre 2017

Nous avons, tous et toutes, entendu des phrases de ce genre, je pense :

-« Ce que je fais le mercredi ? Eh bien, je « dois » garder mes petits enfants, du coup je n’ai pas de temps à moi… ; il faut bien que j’aide ma belle-fille. Mon fils ne comprendrait pas…»

– « Le week end passe tellement vite ! C’est la folie ! En plus, ces temps-ci ça n’arrête pas : il y a un anniversaire chaque semaine ! Mon mari et moi, on pensait partir un peu mais là…on est coincés : aucun week end de libre à l’horizon avant un mois et demi ; ça nous aurait pourtant fait du bien ! »

– « J’ai peu de temps : le samedi je fais le ménage parce que mon mari ne supporte pas que ce soit sale. Et le dimanche, je le passe tout entier chez ma mère qui est âgée, il faut bien que je m’occupe d’elle. Elle ne comprendrait pas si je ne restais qu’une heure ou deux… Je suis crevée ! »

– « Tu sais, si je te contacte à chaque fois qu’il y a des vacances, c’est pour qu’on puisse se voir à chaque fois. Des amis qui ne se voient que de temps en temps, ce ne sont pas des amis, pour moi ! Tu comprends ? »

Ah les « liens » : c’est quelque chose, hein !!!

En fait, il y a deux types de liens. Au moins deux…

Des liens qui permettent de se construire…

Le « self made man », la « self made woman » (l’homme qui s’est construit tout seul, la femme qui s’est construite toute seule) : vaste blague…

Comment pourrait-on se construire, commencer à grandir si on était tout seul(e) ? Comment pourrait-on être chef(fe) d’entreprise si on ne conduisait pas « sa » voiture qui est celle construite par d’autres que soi dans d’autres entreprises ? si on ne mettait pas « ses » chaussures fabriquées par d’autres ? si on n’utilisait pas « son » langage que d’autres avant nous ont élaboré ?

Bref : sans les liens,… on ne serait rien. Et quand il n’y a plus de lien (Robinson sur son île, hommes et femmes « exclus » qui tendent la main dans la rue,…), on s’achemine de nouveau vers le rien, on se déconstruit. On perd l’habitude de voir du monde, de parler, puis on passe au stade où on n’arrive même plus à formuler un propos cohérent au sein duquel on puisse se dire, se faire être au fil d’une petite histoire forgée par soi, au sujet de soi…Chacun ne vibre-t-il pas, à sa façon, à travers une petite histoire qu’il se raconte sur lui et raconte aussi à l’autre ?

« Vive les liens ! » donc… Et… « faisons tout pour maintenir tous ces liens ! »

– « TOUS ces liens » ? Faut-il, vraiment les maintenir « TOUS » et, surtout, avec une telle intensité, une telle régularité, avec une telle automaticité, avec un tel poids ? Ceux, aussi, avec la belle-fille et le fils pour « garder le lien » et…, du coup, garder leurs enfants afin de « garder des liens » qui…vont finir par nous ligoter ?

– « Ceux avec chaque membre de la famille car…c’est la famille ? (et le raisonnement, un peu court tout de même, s’arrêterait là ?) » Et donc les liens ici pour « fêter l’anniversaire », là « fêter…la fête », et encore là fêter « l’arrivée du petit dernier » puis « la nouvelle voiture achetée » puis… puis… : Et puis quoi encore1 2?

– « Ceux avec « les amis » qui « n’imaginent pas deux secondes » qu’on ne puisse pas se voir aux prochaines vacances parce que…l’amitié c’est sacré et que…les liens d’amitié c’est sacré, même quand ça ligote…sacrément ? Le poids de certaines amitiés serait à supporter comme tel : « que voulez-vous, nous sommes « amis » : nous sommes obligés de nous voir…même si, en procédant comme ça nous finissons par…ne plus pouvoir nous voir au sens figuré ! » 

« (Un lecteur:) Et alors ? »

Et alors ??? Eh bien, « et alors »…ceci : « Eh si on donnait un coup de ciseau… ? »

Pas un coup pour… « blesser » qui que ce soit, ni un coup pour…couper court « à tout définitivement », mais : un coup pour « RESPIRER » !!!

Hum… Sentez-vous comme moi ce bon air des moments du week end où on peut aller « se faire un p’tit resto » tranquilles le vendredi soir, « se rédiger un p’tit article de blog », tranquille, le samedi matin ? Sentez-vous ce parfum ? Ça sent bon, non ? Ne trouvez-vous pas ? J’ADORE ! Pas vous ?

…aux liens qui empêchent de se construire.

-Pardon ? Vous ne… « pouvez-pas » ? : Ah…

-Pardon ? Vous « n’avez pas le droit de… » : Ah bon…

-Comment ? Vous ne « pouvez pas vous permettre » ?

Une sacrée prison, tout ce que vous me dites là, ma foi ! Mais « QUI » a pu vous faire ça ?

-C’est votre fils qui vous…veut autant de mal ?

-C’est votre « belle-fille » ? (Ah…les belles-filles ! Et…les belles-mères !!! C’est les pires, qu’on dit!)

-C’est… « votre AMI ? », un « AMI » me dites-vous ? C’est un AMI qui vous a enfermé ? Sympa, vos amis… Je vais garder les miens, si ça ne vous dérange pas:-)

Plus sérieusement : et si…

…Et si on (re)lisait le Discours de la servitude volontaire ?3 Et si on commençait à se (re)demander si tout ce pouvoir que l’autre a sur nous, en nous emprisonnant de la sorte, ce n’est pas finalement « NOUS » qui le lui donnons ? Hein ?

Qu’en pensez-vous ?;-)

1 Disant cela, me revient en mémoire le souvenir d’une amie un tout petit peu provocatrice à ses heures : dans l’entreprise où elle travaillait, chaque jour à la même heure on « fêtait » un anniversaire, ou « la dernière voiture achetée » ou l’achat de « la maison neuve ». Un jour elle apporta des gâteaux pour la fameuse pause « anniversaire » et quand une collègue demanda : « qu’est-ce qu’on fête aujourd’hui ? » elle répondit ceci : « C’est moi…je viens d’acheter des culottes neuves !» Quelque peu interloqués, comme on peut l’imaginer sans trop de peine, les uns et les autres se regardèrent entre eux, puis baissèrent la tête sans dire un mot : ici en…essayant d’avaler le gâteau…, là en avalant une gorgée de café pour…faire passer le morceau.

2 Mon lecteur, ma lectrice ne me croira peut-être pas, mais je le jure sur la tête de mes deux gars : au moment où j’écris cet article : une de mes belles-sœurs me contacte pour me dire que…demain dimanche…c’est l’anniversaire de son fils (« s’agit-il des dieux qui se vengent car j’aurais commis un sacrilège ? » : c’est la question que je me pose…;-) ). Connaissant un peu sinon ma philosophie, au moins le comportement que j’adopte parfois et qui s’inspire de cette philosophie, elle ajoute en fin de propos : « C’est pour marquer le coup », puis encore ceci : « A chacun de voir… ». Je ferme cette deuxième parenthèse…

3Livre de Étienne de La Boétie (1530-1563) : Discours de la servitude volontaire, ou Contr’un (1576)

4 commentaires

  1. psst, psst, Robinson, exclus…. retraités ! le thème a été abordé lors de la réunion de préparation à la retraite. Et parmi nous, il y avait un homme qui n’a cessé de dire, lorsque la formatrice a abordé la question de l’occupation du temps à la fin de l’activité professionnelle, qu’il devait ou qu’il fallait qu’il fasse ci ou ça pour sa famille, en avouant en même temps que ça l’embêtait, mais qu’il culpabilisait s’il ne le faisait pas.
    Quand on entend « je dois » « il faut que je », je crois que ça sous-entend, même profondément enfoui au fond de nous, que « si je pouvais, je m’en passerais ».
    Il est vrai que les « liens » sont indispensables, le tout est de savoir les doser et oui, y donner de temps-en-temps un coup de ciseau ne fait de mal à personne, ce n’est pas pour cela que l’on devient égoïste, c’est juste que ça fait un bien immense.

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  2. En amitié ou même en amour,Il me semble que la règle, s’il y en avait une, devrait toujours être de trouver du bonheur à donner et non de se sentir ainsi privé de quoi que ce soit. Depuis deux semaines, j’ai eu le plaisir de consacrer mon temps à peinturer à la nouvelle maison de mon fils. Durant ce temps, j’ai dû manqué deux ou trois parties de golf . Mais honnêtement, en tant que retraité, le temps passé à ces travaux a été pour moi irremplaçable et aucune « drive » n’aurait pu me donner autant satisfaction non pas du devoir accompli, mais plutôt de me sentir vraiment utile. L’autre jour, vous parliez de liberté et je crois que tout est là: je ne vais pas en vacances avec des amis parce que je dois y aller, mais parce que je sais qu’en partageant du temps de qualité avec eux, j’y gagnerai en enrichissant ma vie de conversations ou d’activités qui me feront grandir. Je ne veux pas dire que les moments d’intimité, seul ou ou avec nos plus intimes, ne soient pas indispensables à notre équilibre. Je veux simplement dire que c’est une question de dosage. Je suis sans doute vieux jeu, mais je trouve que beaucoup de gens qui se plaignent de manquer de temps passent de nombreuses heures à entretenir des relations souvent superficielles sur les media sociaux. Ça ne veut surtout pas dire que ces nouveaux media soient pour autant condamnables et toujours superficiels. Notre vieux prof de latin et de philo nous répétait:  » in medio stat virtus ». Je commence à peine à comprendre et apprécier ce qu’il voulait vraiment nous dire…
    Gilbert, le Québécois

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