Travail (2) : « Le jeu du sot à l’élastique »

27 novembre 2017

Je voudrais aujourd’hui vous parler du « jeu du sot à l’élastique »…

– « Psst…Psst… »

– « (Philippe:) C’est toi qui fais ce bruit en faisant « psst » ??? Tu ne vois pas que j’écris un article pour les amis qui suivent ma nouvelle activité de blogueur ? »

– « Ben si, mais…c’est pour toi ! »

– « (Philippe 🙂 C’est POUR MOI ? Tu me déranges et tu me dis que c’est… POUR MOI ? Tu plaisantes, j’imagine ? Si tu peux m’expliquer… »

– « Ben, c’est juste pour te dire que…je crois qu’il y a une faute dans le titre… Désolé mais…je me disais que les gens qui te lisent ils vont en prendre un coup quand ils vont lire « sot à l’élastique ». »

– « (Philippe:) Ah bon ! Et tu peux me dire POURQUOI ??? »

– « Eh ben, parce que « saut à l’élastique », ça s’écrit S-A-U-T et pas « sot ». Tu vois ce que je veux dire : tu écris des bouquins, tu donnes des cours à la Fac et tu écris… « SOT » à l’élastique : S-O-T ; tu vois ce que je veux dire ? « M’enfin ! » C’est toi qui va passer pour…un SOT, mon pauvre ami, un véritable S-O-T !!!

– « (Philippe:) Mais non !;-) Sois rassuré ! Je te laisse lire l’histoire que je raconte dans cet article et…tu vas comprendre…

L’histoire, la voici…

Ce jour-là (histoire vraie…), nous étions en réunion avec mon chef : avec mon « grand chef indien » (désolé mais c’est comme ça que je nomme mes chefs qui sont le plus haut dans la hiérarchie, et je n’arrive pas à me défaire de cette habitude, même si j’y travaille… ; maintenant vous êtes prévenus). Je dis « nous » étions car, si mes souvenirs sont bons, nous étions quatre : le « grand chef indien » et nous « les 3 p’tits chefs ». Eh oui, c’est comme ça : il y a des endroits, comme ça, où il y a plein de « chefs » et…pas toujours assez d’ « indiens », mais ça, c’est une autre histoire…

Nous étions « en réunion » et ça travaillait dur ! Ça travaillait très dur,… jusqu’au moment où une « drôle d’invitée » jugea bon de se mêler de nos affaires…

Une « drôle d’invitée », passablement « effrontée »…

« Qui était cette invitée ? » me demanderez-vous. Eh bien, figurez-vous que c’était une « mouche »… Rien de bien important et on ne va pas s’arrêter à de tels détails. Ce n’est pas si dérangeant que ça, et il n’y a pas de quoi « prendre la mouche » (Un lecteur : « fallait bien que quelqu’un la fasse, celle-là). Pas de quoi prendre la mouche ; encore que…

Que se passa-t-il ensuite ? Réponse : il aurait pu ne rien se passer du tout et notre mouche aurait pu tournoyer et voltiger encore et encore mais…là, les choses ne se passèrent pas tout à fait de cette façon et devinrent même, pour tout vous dire, un peu compliquées…

La mouche se posa sur le bras de notre chef indien…. Nous arrêtâmes, soudain, de respirer. « Faire ça au grand chef indien…, c’était tout de même un peu gonflé ! ». Si j’avais été chez moi, pour détendre l’atmosphère, j’aurais bien lâché un : « c’est pas une mouche à m… ? », mais là j’ai senti, comme qui dirait « intuitivement », que mon déroulé de carrière risquait d’en subir quelques évolutions non souhaitées et de prendre certains virages inattendus… (du genre : « nous avons une promotion pour vous, vous êtes muté dans le Nord, le…GRAND NORD… ! Brrr BRRR… »). Je n’ai donc rien dit.

Le « grand chef indien », dont nous scrutions tous les trois l’attitude (un « grand chef » c’est comme un papa ou une maman : on passe son temps à l’observer, n’est-ce pas…), notre grand chef indien, dis-je, géra l’incident de façon remarquable. D’un geste, il fit déguerpir l’« effrontée » et celle-ci se mit à battre en retraite…

Nous allions enfin pouvoir reprendre le travail et…nous remettre à respirer… L’incident était clos. Enfin, « clos »…ou presque, car…la mouche n’avait pas dit son dernier mot (ni…son premier, d’ailleurs, car une mouche, ça ne dit finalement pas grand chose, mais bon…poursuivons…).

La mouche, revint vers notre chef indien, lui passa à plusieurs reprises devant les yeux, de droite à gauche, de gauche à droite, puis…se reposa sur « le chef » commettant pour la deuxième fois son sacrilège de façon éhontée !

Le grand chef, qui se savait regardé, par la mouche mais surtout par nous, loucha un court instant (volontairement, pour nous faire rire… 🙂 ) en voyant la mouche passer d’aussi près devant ses yeux puis écarta d’un nouveau geste cette effrontée.

Lors du…3ème passage de la mouche, bien décidée à ne pas se laisser faire et bien déterminée à se poser au même endroit,… sur le « grand chef indien », ce dernier ne se laissa pas faire, mais alors pas du tout… Nous le vîmes rejoindre, sur la pointe des pieds, son bureau, positionné derrière la table de travail autour de laquelle nous étions installés. Puis nous le vîmes se saisir de deux petites choses dans un tiroir…

Tandis que le « grand chef indien » revenait ensuite vers nous et se rapprochait de notre table de travail, toujours sur la pointe des pieds, sans que nous fûmes encore en mesure de déceler le sens de son comportement, la mouche opérait également son retour et là… Là nous vîmes soudain notre « grand chef indien » dégainer un élastique, puis un trombone et étirer l’élastique en se servant du trombone comme on se sert de la flèche avec un arc, ou comme on se sert de la pierre avec un lance pierre.

🙂 Dans un scénario digne de nos plus grands humoristes, il se mit à mimer la personne qui craque complètement et se met bille en tête qu’elle va aller…tuer l’ennemi (la mouche effrontée, en l’occurrence…).

Inutile de vous dire que ce jour-là, j’ai bien failli, comme on dit chez nous, « faire dans mon pantalon » quand j’ai vu notre chef nous faire ce coup-là ! Le « grand chef indien » s’était, sous nos yeux ébahis, transformé en une autre personne : celle du… « sot à l’élastique ».

(- « Ah bon,…c’était donc ça le « sot » à l’élastique ? » / – « (Philippe:) Euh…ben oui… ; tu trouves ça peut-être un peu sot ? Bon, ben…tant pis…»)

Pourquoi je vous raconte tout cela…

Si je vous raconte tout cela, c’est simplement pour vous donner une idée concrète de ce que j’appelle « s’amuser au travail ». Je suis convaincu qu’il est tout à fait possible de « s’amuser » au travail et ce, de différentes façons, dont celle-là : transformer certains moments de travail, pendant deux ou trois minutes, en moments de « fou rire ».

Je ne sais pas comment c’est pour vous, mais moi : je préfère travailler avec des gens bienveillants qui ont un certain sens de l’humour, qui plaisantent un peu parfois et qui font que les « huit heures au boulot » soient huit heures à peu près plaisantes.

Je demeure convaincu que notre « grand chef indien » était…un « grand chef ». Pourquoi ? Parce qu’il avait compris qu’être « grand chef » c’est notamment :

-instaurer un certain environnement de travail où on ne se sente pas constamment « sous pression »,

-chercher « comment améliorer ce qui pourrait être mieux fait une prochaine fois » et non « chercher à qui la faute et traquer le fautif, le coupable ».

Il avait compris que non seulement s’amuser en plaisantant par moments ne nuit pas au travail mais, au contraire, que cela permet, comme on dit, de « mettre de l’huile dans les rouages ». Ça fonctionne mieux, au travail, quand chacun met du sien pour :

-ne pas se focaliser sur tel trait de caractère de Untel ou Untel mais plaisanter à ce sujet

-ne pas s’offusquer démesurément parce que telle ou telle chose s’est moins bien passée que prévu et plaisanter à nouveau en allant même jusqu’à se moquer de sa propre personne – autodérision – pour faire rire les collègues.

-etc.

Bref, « travaillons ! » : oui, d’accord. Mais « amusons-nous aussi !» et même « amusons-nous en travaillant ! »

Comme cette autre collègue qui, il y a bien des années de cela, se mit à nous parler en fin de réunion avec un accent breton « à couper au couteau » et en nous parlant, « façon Paris Match » de Untel qui était avec Unetelle dans l’organisation et de telle autre collègue qui « faisait des drôles de chose » avec Untel. Elle « jouait » la vieille commère qui, avec l’accent du coin, délivre des secrets, sous le manteau, sur les uns et les autres. Je fus, ce jour-là, obligé de sortir de la salle de réunion, tellement je pleurais de rire…

Et pourtant…

Et pourtant nous avions, quelques minutes auparavant, fort bien travaillé. Comme quoi : l’un n’empêche pas l’autre, et…l’autre n’empêche pas l’un ! Il est même évident, à mes yeux en tous cas, que c’est dans une bonne ambiance qu’on fait le meilleur travail qui soit. Vous ne pensez pas ? Or, une « bonne ambiance », cela ne peut se constituer, comme chacun sait, que si tout le monde y met un peu du sien.

Voilà une bonne nouvelle, non ? Cela signifie qu’à moi, comme à vous, il nous est donné de pouvoir contribuer à la construction de ce décor au sein duquel nous allons « jouer » les actes et scènes de la pièce de théâtre qu’est cet univers professionnel. Ce décor sera-t-il plaisant ? Agréable ? Bienveillant ? Cela dépend de tous et donc…de chacun d’entre nous : vous, moi, les autres tout autour. Et donc, si je mets du mien, et que vous mettez du vôtre, peut-être pourrons-nous passer un bon moment là-bas, pendant ces huit heures de « vie commune » ? 🙂 Non ? Ne pensez-vous pas ?

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