Travail(1) : « On n’est pas là pour s’amuser ! »

21 novembre 2017

« Allez ! Au travail !! On n’est pas là pour s’amuser ! » : je ne sais pas trop d’où peut bien venir une telle phrase, mais j’ai l’impression – à tort, ou à raison : mais peut-être me direz-vous ? – que tout le monde l’a entendue, un jour ou un autre ; non ?

Un jour, j’ai reçu une vidéo d’un type qui, de toute évidence, faisait un pied de nez à ce type d’évidences qui ne sont des évidences que…pour ceux qui n’y ont pas encore vraiment réfléchi et qui n’ont pas creusé le thème de plus près.

Le travail, un lieu où on n’a pas à s’amuser ? Ce type était policier, il était à un carrefour et il faisait « la circulation » : un coup je mets mon bras par ici, puis l’autre par là,… et ainsi je guide les automobilistes. Bref : on ne peut pas imaginer que cela soit franchement hilarant et qu’on puisse trouver un minimum de plaisir ou d’apport personnel en faisant cela pendant plusieurs minutes, voire plusieurs heures. Peut-être y a-t-il, tout au plus, le plaisir de savoir qu’on contribue, modestement mais sûrement, au bien être et à la sécurité de ses concitoyens, mais à part ça…je reste un peu sec sur le sujet pour trouver en quoi ça pourrait être « amusant ». Et pourtant…

Et pourtant ce type a trouvé, par là, un moyen, non seulement de « s’amuser » en travaillant, mais aussi d’ « amuser la galerie » comme on dit, et de faire naître le sourire chez quasiment tous les automobilistes qui passent par ce carrefour : ce policier a pris l’habitude de « faire sa gym » en « faisant la circulation » !!! Il fait ses mouvements d’une telle façon que sa façon de faire ressemble à une véritable séance de « gym ». C’est pas fou, ça ? (Si vous retrouvez cette vidéo, je suis preneur du lien…)

L’histoire ne dit pas…s’il est toujours en poste et si sa hiérarchie s’est fâchée. Une seule chose est certaine : à la différence de ce qu’on entend parfois dans les films, ses supérieurs hiérarchiques ne peuvent pas le sanctionner en lui disant : « maintenant, au vu de vos bêtises, on va vous mettre à faire la circulation » ! Il est vrai qu’une certaine logique veut qu’on ne sanctionne pas quelqu’un…en lui offrant l’accès à ce dont on voulait le priver (donner « la circulation » pour punir le vilain garnement de policier, ça revient à… (re)donner « la gym » et c’est pas ça qu’on veut…)

Bref : au travail « on n’est pas là pour s’amuser » mais…si c’est faisable, pourquoi pas, après tout ; non ? Tant que le travail est fait, et bien fait…

Ne peut-il d’ailleurs pas se faire qu’on fasse le « travail » mieux quand on peut en même temps « s’amuser » ? Je ne dis pas « jouer à la marelle », à « saute-mouton » ou « à la corde » car il y a une limite, tout de même, mais : « s’amuser » au sens de « prendre du plaisir » à faire ce qu’on fait. Est-ce possible ça ? Ou bien faut-il se faire une raison en se disant : travail = « tripalium » en latin et donc instrument à trois pieux qui permet de tenir la patte d’un cheval et donc…une sorte de torture, finalement ! Un peu comme le « travail », lors d’un accouchement, qui serait forcément synonyme de douleur : un mal/une douleur (l’accouchement) en vue d’un bien/d’un plaisir (la joie d’une naissance). Bref, le travail ne serait, finalement :

-qu’un mauvais moment à passer…

-qu’un machin où on passe 8h de sa journée à « trimer », cinq jours sur sept, pour « récupérer sa force de travail » pendant deux jours (« Ah ! Le week end ! Merveilleux week end, n’est-ce pas ? ») puis retourner s’aliéner : « alienus » en latin = étranger, et donc le travail comme ce truc qui fait qu’on est obligé de devenir « étranger à soi » pendant 5 jours, pour retrouver « son cher moi » pendant les 2 jours du week end pour redevenir, momentanément, l’individu qui s’épanouit « grâce aux loisirs ».

Et pour « enfoncer le clou » de ce raisonnement, il suffirait d’échanger ensemble, de se dire que : ce n’est tout de même pas par hasard si le lundi, les gens font la moue en disant « mouais, ça va…enfin comme un lundi quoi ! » puis retrouvent un début de sourire à compter du vendredi : « Ben, ouais, ça va quoi ! C’est…. ! C’est bientôt… ! C’est bientôt quoi ? Ben, c’est bientôt LE WEEK END quoi !!! » (« Quel lourd celui-là… » « Vaut mieux qu’il aille écrire les articles sur son blog, ce mec !… »).

« Réconcilier travail et plaisir »1 : oui, mais comment… ???

« Réconcilier travail et plaisir » : ce n’est pas « systématiquement » simple… Il y a bien entendu « l’entrepreneur qui vit à 110 % en ayant fait de son travail sa passion » (« I’m THE self made man ! », «  Je me suis fait TOUT SEUL ! » (façon… « petit ours brun »…qui veut faire « tout tout seul… » ) . Il y a aussi le « cadre qui a la chance de faire un métier qui lui plaît, d’avoir une (bonne) place dans l’organisation et (…pas toujours mais ça arrive !) de bénéficier de la reconnaissance de ses équipes. »

« Oui, bon,…d’accord Philippe, mais…quand on fait un travail de pure et simple exécution ? », « et quand on ne voit pas trop ou plus trop quel sens ça a d’aller passer 8h dans cette entreprise, 5 jours sur 7, hein ? », « hein Philippe, là tu nous dis quoi ? »…

Ce que je dis, c’est que notre policier de tout à l’heure, lui il a trouvé un truc : une façon de « s’amuser », de « trouver du plaisir » dans…le fait de « faire la circulation ». Or, ce n’était pas gagné ! Car « faire la circulation », ça n’est tout de même pas le truc dont on rêve la nuit : on ne se lève pas le matin en se disant « voilà un nouveau jour qui se lève. Qui sait ? Peut-être mon rêve d’aller faire la circulation sera-t-il concrétisé aujourd’hui ??? YES !!! ».

Plus sérieusement, ce type (notre « policier gymnaste », ou… « gymnaste policier » ?), il a peut-être trouvé le truc, non ? Et peut-être y a-t-il là un « secret » qu’il nous livre si on y regarde de plus prêt…

Ce type aurait pu se dire (comme certains d’entre nous ?) « moi je fais un travail ennuyeux, je m’occupe de la circulation…(snif…) ». Il aurait pu se dire (comme certains d’entre nous parfois?) : « c’est vraiment Ch…, ce boulot de m… (biiIIIPP!!!) ». Bref, il aurait pu (toujours…comme certains d’entre nous?) accuser son boulot. Or, au lieu de cela qu’a-t-il fait ?

Je fais une hypothèse (vous me direz ce que vous en pensez…). Au lieu de continuer à accuser son boulot, et à se plaindre dès le matin en sortant (péniblement…) du lit, il s’est rendu dans sa salle de bain et il a souri dans le miroir en posant une question au type d’en face : « Et toi ? Et TOI, oui TOI ! Qu’est-ce que tu peux faire AUJOURD’HUI, dans ta façon de faire ton boulot pour que ce boulot se transforme ? », « Oui, quelle attitude (nouvelle) tu pourrais avoir dans ta relation aux autres collègues, dans ta façon de travailler pour que le « truc ennuyeux » se transforme en un « machin génial » ? Un machin qui te fasse du bien, un truc qui te donne le sourire et qui, comme par contagion, le donne à tous ceux qui te croiseront ? » Et puis, l’idée est venue : « la gym ! ». Il a hésité un peu, il a eu peur, mais il s’est dit « je me lance »2, « au pire, je me fais taper sur les doigts par les chefs, mais au pire…ils me (re) mettront à la circulation en guise de punition ! 😉

Et vous ? Avez-vous un « travail ennuyeux » ? Et si…au lieu d’aller chercher un autre travail ailleurs tout de suite, vous vous demandiez la même chose ? Comme ce policier, face au miroir :

« Et toi ? Et TOI, oui TOI ! Qu’est-ce que tu peux faire AUJOURD’HUI, dans ta façon de faire ton boulot pour que ce boulot se transforme ? »

Je vous laisse essayer ? Au pire, je vous rembourse au bout d’un mois…:-)

PS : A ce sujet, on me dit que mes petits articles sont déjà arrivés à Paris, au Vietnam, au Mexique et même…en Pays Bigouden ! J’ai fait ma petite enquête et j’ai déjà un début de résultats qui nous livre un début d’explication : il semblerait que ce soit parce qu’ils sont « gratuits »…;-)

1C’est le grand titre qu’on trouve en première page de la revue Management. Juillet-Août 2017 (On ne sait pas si le sourire du couple présent sur la photo est généré par « le travail » ou…par le fait que nous sommes en « juillet-août 2017 » et qu’ils sont « en vacances ». L’histoire ne le dit pas…Plaisanterie n°1). Le sous-titre en haut de la couverture : « travailler mieux, vivre plus ». C’est ce qui m’a fait acheter cette revue car ça aurait été « travailler moins bien, vivre moins », je ne suis pas certain que j’aurais sorti mon porte monnaie… (JOKE en « bon français », ou, [Traduction] : plaisanterie (la n°2…pour ceux qui suivent…).

2Voir sur ce blog l’article « L’intuition, bonne conseillère ? » (12 novembre 2017)

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